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De la prison avec sursis pour le gérant du Baron qui n’avait pas le droit de gérer

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Ça devait être l’affaire de sa vie. Quand en 2019, Le Relais d’Alsace, une brasserie située place Clemenceau, à Évreux, met la clé sous la porte, Antoine Mendy flaire une bonne opportunité. Il en rêve depuis ses jeunes années où il était le portier du Black Bird, l’établissement d’Ézy-sur-Eure qui faisait vibrer la gastronomie et les nuits hautes-normandes.

Problème, l’ancien gérant d’un bar de Montauban est sous le coup d’une interdiction de gérer de 15 ans à la suite d’une faillite personnelle jugée par le tribunal de commerce de Montauban le 22 janvier 2008.

La société J-Lash

Qu’à cela ne tienne, il suffit de ne pas apparaître dans les statuts de la société en charge de gérer la nouvelle brasserie destinée à devenir le haut lieu de la restauration et du divertissement ébroïcien.

C’est chose faite le 21 janvier 2020. La SAS J-LASH au capital de 20 000 € est déposée au registre du commerce. Jean-Marie Lemaitre en est le président et actionnaire principal à hauteur de 10 000 €. Delphine est la directrice générale et co-actionnaire pour 6 000 € Et enfin, Étienne Baudineau apporte 4 000 € en tant que conseiller et caution professionnelle puisqu’il est le grand initiateur du concept du Black-Bird dont le Baron se veut être, en quelque sorte, la réplique.

D’un accord tacite, il est prévu que les actionnaires cèdent leurs parts à Antoine Mendy une fois levée son interdiction de gérer. Las, les malversations conduisent une première fois la société en redressement judiciaire le 2 juin 2022, puis à sa liquidation le 22 décembre de la même année.

Vidéos :

Les quatre protagonistes sont venus répondre aux accusations de déclaration fausse afin de favoriser une gestion de fait interdite, de gestion dissimulée malgré interdiction et d’abus de biens sociaux devant le tribunal d’Évreux, jeudi 27 mars 2025.

Le maître de cérémonie

À la barre, le ludion ébroïcien nie toute implication dans la gestion de la brasserie de la place Clemenceau. « Je suis un communicant et à ce titre je me suis présenté comme le patron du Baron sur les réseaux sociaux. j’étais la vitrine. La directrice, c’était Delphine », explique-t-il. Sa fonction à lui est celle d’un directeur de salle, une sorte de maître de cérémonie qui préside à la satisfaction des convives et au bon ordonnancement du ballet des serveurs.

Cependant, le fait que Delphine soit aussi sa compagne jette le trouble, d’autant que la différence de salaire semble inversement proportionnelle aux responsabilités. Le salaire de la directrice générale est de 1 500 € par mois, alors que le sien est de 5 000 €. La logique du lien de subordination entre un dirigeant et son salarié voudrait que ce soit l’inverse. Selon le parquet, cela ne fait aucun doute. L’homme à la stature imposante dont la tête couronnée de tresses blanches impose le respect est bien le gérant de fait de l’établissement dont, par ailleurs, il se veut être l’emblème. Les écoutes téléphoniques entre les conjoints ne laissent aucun doute. L’une d’elles est retranscrite à l’audience : « C’est qui ton patron, c’est le comptable ou moi ? », demande Antoine à Delphine. « C’est toi », répond-elle.

Une comptabilité exotique

Il aurait mieux valu que ce fut le comptable. En effet, Monsieur Mendy confond son compte personnel et celui de l’entreprise. Le liquidateur rapporte des dépenses injustifiées : Un retrait de 61 200 € au titre supposé d’avance sur salaire, des achats divers de parfum, d’essence à son usage personnel, 2 000 € en caution de l’appartement parisien de sa fille, l’achat d’une Smart d’une valeur de 16 000 € dont l’usage n’est pas clairement défini… La comptabilité exotique témoigne du train de vie extravagant de l’ancien champion de France et d’Europe de boxe Thaï.

Finalement, au terme d’un débat contradictoire particulièrement disputé, le prévenu est jugé coupable des faits de la prévention et condamné à douze mois de prison assortis d’un sursis probatoire de deux ans. La peine s’accompagne d’Interdiction définitive de gérer et de 10 000 € d’amende. La confiscation des scellés est prononcée ainsi que la confiscation des saisies d’une valeur de 13 000 €.

Pourtant c’était une belle affaire.

Etienne Bodineau, lui, est relaxé, tandis que Delphine écope de six mois avec sursis et Jean-Marie Lemaitre de huit mois avec sursis.



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