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« Je peux être candidat ou me mettre au service d’un collectif »

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À un an et demi des élections municipales 2026, le casting du scrutin est encore loin d’être finalisé à Toulouse. Surtout à gauche, où les combinaisons possibles ne manquent pas pour tenter de détrôner le maire sortant Jean-Luc Moudenc, élu depuis 2014. 

En parallèle de la candidature déclarée du député François Piquemal (LFI), une seconde proposition est en gestation à gauche, mais toujours sans pilote. Tandis que la présidente de la région Occitanie Carole Delga (PS) n’a pas encore dit si elle se jetterait dans la bataille ou pas, plusieurs noms sont évoqués pour prendre la tête d’un large rassemblement le cas échéant. Parmi eux, celui de l’élu de l’opposition municipale Romain Cujives

Âgé de 40 ans, celui qui fut le plus jeune élu de la mairie de Toulouse lors du mandat de Pierre Cohen (PS) de 2008 à 2024, avait sollicité l’investiture socialiste en amont des élections municipales de 2020. Écarté au profit de Nadia Pellefigue, il avait dès lors quitté le PS puis rejoint la liste Archipel Citoyen menée par l’écologiste Antoine Maurice. Interview. 

Actu : Êtes-vous candidat aux élections municipales de 2026 à Toulouse ?

Romain Cujives : Je suis prêt, j’ai des idées pour Toulouse, j’ai une équipe et je suis disposé aujourd’hui à porter un projet. Je peux être candidat ou me mettre au service d’un collectif. Je ne fais pas d’une candidature personnelle l’alpha et l’oméga de ce que je défends.

Son projet pour Toulouse : « Protéger, faciliter, apaiser »

Quel projet défendez-vous pour Toulouse ?

R.C. : Je veux porter une vision de la ville. Cette vision se résume en un triptyque capable d’améliorer le quotidien des Toulousains, ce qui est ma boussole depuis que je suis élu de Toulouse : protéger, faciliter, apaiser.
Protéger les Toulousains, c’est la première ambition. Le premier enjeu est la protection des Toulousains face à l’insécurité. Force est de constater que Jean-Luc Moudenc n’a pas réussi à endiguer son augmentation. On a eu des grandes promesses, nous n’avons pas de grandes réalisations. Avec beaucoup d’humilité, il faut changer de braquet. Deux orientations majeures. D’abord, un axe de meilleure collaboration sur la question qui pourrit le quotidien des Toulousains : le trafic de drogue. On a réussi grâce à une mobilisation générale de tout le monde à augmenter nos effectifs de policiers nationaux et municipaux. Maintenant, il faut se consacrer à la justice qui n’a pas les moyens suffisants pour répondre.
Il y a aussi nécessité à lutter contre les incivilités du quotidien. La ville a des moyens. Il faut renforcer encore la détermination de la police municipale et poursuivre sa collaboration avec la police nationale et la justice. Et il faut porter une logique de fermeté, de tolérance zéro vis-à-vis de ces incivilités. 

Vidéos :

Il n’est pas acceptable que lorsque l’on est une femme, un juif, une personne âgée, une personne en situation de handicap, un homosexuel, on ne puisse pas se balader dans cette ville, tard le soir.

Romain Cujives
Conseiller municipal d’opposition à Toulouse

Protéger les Toulousains, n’est-ce pas aussi agir dans d’autres domaines que la sécurité ?

R.C. : Absolument. C’est aussi protéger les Toulousains contre la vie chère. Je suis meurtri de voir des dizaines de milliers de Toulousains qui se demandent s’ils pourront rester à Toulouse. Parce qu’il y a une explosion du foncier. J’ai plusieurs propositions pour protéger ce que j’appelle le pouvoir de vivre des Toulousains. La plus grande insécurité du quotidien concerne la capacité à se loger tout en bouclant ses fins de mois. En matière de logement, nous avons besoin d’un choc de l’offre. Construisons plus et plus fort. Pour le permettre, il faut baisser le montant du foncier en Zone d’aménagement concerté (ZAC), passer davantage de baux emphytéotiques avec le Crous en faveur du logement étudiant et puis il faut une vraie réflexion avec les bailleurs sociaux pour la définition d’un plan massif autour du bail réel solidaire, ce nouveau dispositif d’accession à la propriété dissociant bâti et foncier et diminuant du coup fortement le coût d’achat d’un logement pour les ménages les plus modestes.
Sortons également du dogmatisme sur la question de l’encadrement des loyers. C’est l’évidence pour tout le monde, sauf pour Jean-Luc Moudenc. Le fait est que nous vivons une explosion des loyers à Toulouse et qu’il faut agir vite.
Et parce que je ne veux pas opposer les propriétaires aux locataires, je propose une mesure corollaire pour rassurer les propriétaires. Aujourd’hui les garanties pour loyers impayés, qu’elles existent par l’État ou les collectivités locales, ne s’activent qu’à partir du quatrième mois impayé. Ce n’est pas possible. Je propose que l’on soit la première ville de France à imposer une garantie qui se déclenche dès la fin du premier loyer impayé.

Le second pan de votre projet porte sur la facilitation. Comment, donc, faciliter la vie des Toulousains ?

R.C. : C’est d’abord libérer les talents que l’on a notamment en matière économique. Nous devons créer des lieux d’hébergements pour ceux qui veulent entreprendre, créer leurs sociétés, et sont bloqués d’entrée de jeu pour des questions de locaux. C’est aussi faciliter la vie des acteurs associatifs, en arrêtant de leur faire remplir des dossiers de 50 pages pour une demande de subvention ou louer une salle municipale. Facilitons aussi la vie des jeunes travailleurs. Nous devons avoir de l’ambition pour un vrai plan en faveur de la petite enfance en multipliant les solutions d’accueils pour les enfants, donc les places en crèche. Je veux aussi leur faciliter la vie dans les transports en commun. Pour cela, il faut maintenir ce qui est fait : maintenons la troisième ligne de métro, les bus Linéo. Et ajoutons des choses en sortant du dogmatisme. Élargir le spectre de l’offre doit être raisonné à l’échelle de l’aire urbaine en mettant plus de train et en construisant enfin une vraie étoile ferroviaire. Tout le monde doit se mettre autour de la table pour aller chercher les financements nécessaires. Au-delà des dogmes.

« Je suis favorable à la pratique du référendum local »

Vous parliez aussi d’apaisement ?

R.C. : D’abord, je veux apaiser le débat municipal. Personnellement, je ne pratique aucune invective, car la bientôt 3ᵉ ville de France mérite mieux que des noms d’oiseaux et des caricatures. J’en veux beaucoup à Jean-Luc Moudenc de caricaturer son opposition comme j’en veux à une partie de l’opposition municipale de se laisser caricaturer. On doit regarder comment collectivement mettre des projets sur la table. Je plaide d’ailleurs pour une campagne électorale apaisée, constructive, qui évitera les anathèmes.
Le deuxième élément de l’apaisement de la ville consiste à arrêter d’opposer les gens. On ne peut pas dire que l’on défend le piéton face à la trottinette, le vélo face à la voiture, etc. Pour ça, il faut travailler sur l’espace public en créant des lieux de respiration et de baisses de tension.
C’est ensuite redonner la parole aux Toulousains, mais véritablement ! On a aujourd’hui des moyens qui permettent de consulter plus fréquemment les Toulousains. Je suis également favorable à la pratique du référendum local, deux à trois fois dans le mandat, pour, sur des grands sujets, poser la question aux Toulousains. Toutes les grandes avancées se construisent dans une forme de dialogue.

« Jean-Luc Moudenc ne répond pas aux enjeux du temps présent »

Jean-Luc Moudenc sera candidat à sa réélection. Comment jugez-vous son travail pour les Toulousains ?

R.C. : Jean-Luc Moudenc ne répond pas aux enjeux du temps présent. Il fait des choses, c’est incontestable, de bonnes choses parfois, mais si je devais prendre une image marine – puisque l’on sort du Vendée Globe ! – tout marin sait que lorsqu’il y a beaucoup de vagues, beaucoup de houle, le danger consiste à baisser les voiles, couper le moteur et attendre de voir comment les choses se passent. Quand il y a tempête, il faut un capitaine qui a un cap, une vision et reste capable de tirer les voiles. Jean-Luc Moudenc n’est donc pas le capitaine de cette ville. Les capitaines, ce sont les promoteurs, les acteurs privés. On doit les aider, être au service de leurs ambitions, mais on ne doit pas les laisser piloter !

Qui est candidat à ce jour à Toulouse ?

Seules deux candidatures sont officiellement déclarées à plus d’un an des élections municipales de 2026 à Toulouse. Le maire sortant Jean-Luc Moudenc avait annoncé être candidat à sa réélection dès le mois d’avril 2023.
Plus récemment, c’est le député Insoumis François Piquemal qui a officialisé sa candidature, le 16 janvier dernier.
Notons que l’élue de l’opposition Isabelle Hardy (Génération.s) a indiqué qu’elle est candidate à la candidature à gauche. Les écologistes ont également désigné Régis Godec, ancien élu à la mairie de Toulouse de 2008 à 2014, comme chef de file. Il a pour mission d’étudier les conditions du rassemblement à gauche et pourra également formuler une candidature personnelle le cas échéant.
Par la voix du président du Département de la Haute-Garonne Sébastien Vincini, le Parti socialiste a clairement annoncé son intention de participer à cette bataille électorale. Outre Carole Delga, dont une candidature paraît cependant peu probable, les noms des élus municipaux François Briançon et Vincent Gibert sont légitimement évoqués.
Le Rassemblement national a de son côté indiqué travailler à une candidature avec ses alliés.

Il juge le rassemblement de la gauche avec LFI « très difficile »

À un an et demi du scrutin, le casting, à gauche, n’est pas encore totalement dévoilé et le rassemblement des forces ne paraît pas une évidence… Comment la gauche doit-elle avancer ?

R.C. : Il ne semble pas que les pistes de rassemblement à gauche soient ni fermées, ni complètement construites. Le vœu que je formule, c’est que l’on puisse trouver une issue, vite, aux discussions que nous avons déjà depuis longtemps avec le Parti socialiste, avec le Parti communiste, avec les Verts, avec Place Publique, avec le Parti radical de gauche. Continuons de converser pour regarder quelles sont les voies du rassemblement. Aujourd’hui, personne ne fait de sa candidature le sujet majeur. Et c’est aussi ma position. Ce que je demande, c’est que chacun pose sa vision de la ville — c’est ce que je fais précisément auprès de vous — ce qui nous permettra d’ouvrir un chemin de concorde. Trouvons cette solution d’ici mi-mars.

Dans l’optique d’un rassemblement de la gauche, ma conviction est que cette ville n’attend pas de radicalité et de conflictualité. Je crois qu’elle a besoin d’apaisement.

Romain Cujives
Conseiller municipal d’opposition à Toulouse

Vous parlez de rassemblement à gauche, mais ne citez pas les Insoumis parmi les composantes qui doivent discuter… Une liste commune intégrant l’ensemble des forces depuis LFI jusqu’au PRG n’est pas possible ?

R.C. : Cela me semble très difficile et je ne sens pas, auprès des Toulousains, une aspiration à la radicalité.



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