Le drame avait eu lieu vers 3 h du matin, dans la nuit du dimanche 18 au lundi 19 juin 2017. Quatre hommes déguisés en militaires du GIGN et de la brigade fiscale avaient fait discrètement irruption dans le lotissement du Domaine de Saint-Chéron, à Breuilpont, près de Pacy-sur-Eure. Les malfaiteurs avaient prétexté un contrôle fiscal pour s’introduire dans la maison de la famille, en quête d’argent. La mère et les deux filles, âgées de 17 et 21 ans, avaient été séquestrées dans une pièce, tandis que le père, un homme de 59 ans, était « mis à l’écart », rapportait à l’époque le parquet d’Évreux.
Un cambriolage qui a mal tourné
Une fois les malfaiteurs partis, le père de famille « avait été retrouvé inanimé au sol, décédé ». C’est son épouse qui avait fait la découverte. L’autopsie du corps effectuée le mardi 20 juin 2017 avait permis d’établir la mort par crise cardiaque du père de famille et de constater des traces de coups.
La section de recherche de Rouen et des gendarmes de Louviers et Pacy-sur-Eure, en charge de l’enquête, avait lancé un appel à témoins couronné de succès puisqu’en novembre 2017, trois hommes originaires d’Elbeuf avaient été interpellés en novembre 2017. En juin 2020, ils étaient passés devant la cour d’Assises de l’Eure et avaient été condamnés à des peines de 8 à 14 ans de réclusion.
Le dernier complice
Un quatrième suspect, toujours en fuite, avait écopé de 14 ans de prison avec mandat d’arrêt.
Peladjy T., 27 ans, a finalement été interpellé fortuitement lors d’un contrôle de police et a été placé en détention provisoire en février 2024 à Nancy dans le cadre d’un autre dossier.
Il comparaît devant la cour d’Assises de l’Eure depuis ce jeudi 27 mars et jusqu’au mardi 1er avril 2025 pour « tentative d’extorsion suivie de violences ayant entraîné la mort » et pour « séquestration ».
Marié pendant sa cavale
S’il est, à ce stade, toujours présumé innocent, Peladjy. T ne semble pas vouloir échapper à ses responsabilités. Dès le premier jour du procès, il a tenu à présenter ses « condoléances à la famille » et a assuré qu’il n’a « jamais voulu le décès » de la victime. « C’est plus qu’un fardeau. Je m’en voudrais toute ma vie. »
« J’aurais dû me rendre plus tôt », admet le jeune accusé, tout en répétant à plusieurs reprises qu’il souhaitait se rendre aux autorités depuis le début. Des propos qui sonnent un peu creux, le jeune homme ayant été incarcéré après quasiment sept années de cavale. Sept années dont on ne pas sait pas grand-chose : Peladjy. T a vécu un certain temps au Maroc avant de revenir sur le territoire français. Il a vécu de petits boulots non déclarés et a trouvé refuge dans son entourage. En 2019, il s’est marié religieusement au Petit-Quevilly (Seine-Maritime). Un moment célébré en famille.
L’accusé est, récemment, devenu père d’un enfant conçu pendant sa détention.
Graine de footballeur
Ce premier jour de procès était surtout l’occasion d’appréhender la personnalité de l’accusé. À l’enquêtrice de personnalité, il a confié avoir vécu une enfance heureuse et ordinaire en Seine-Maritime. Sa scolarité a été plus difficile. Diagnostiqué dyslexique sur le tard, Peladjy. T n’avait d’yeux que pour le football. Il est, notamment, passé chez les jeunes du Football-club de Rouen et de l’équipe de France. Il a intégré le centre de formation de Valenciennes dans l’espoir de lancer sa carrière professionnelle. Il a quitté le centre prématurément, à 15 ans, abandonnant tout « pour veiller sur sa mère », dit-il.
Si son casier est composé de délits que l’on peut qualifier de mineurs (conduites sans permis), l’accusé risque aujourd’hui très gros dans ce procès. Sa première condamnation à 14 ans de réclusion, annulée depuis son interpellation, peut être alourdie par ces sept années de cavale.
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