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« C’était un massacre en bonne et due forme »

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Ambiance électrique au tribunal de Versailles. Cinq détenus ont comparu le mardi 25 mars 2025 pour des violences commises avec une rare intensité au sein de la prison de Bois-d’Arcy (Yvelines). L’audience a mis en avant deux points majeurs. Le premier est que la victime, un autre prisonnier, a bien failli mourir dans une des cours de promenade. L’autre est que la surveillante a bien fait preuve d’une réelle négligence dans sa mission. À tel point que des poursuites devraient être engagées contre elle.

Il faut dire que la scène, diffusée pendant le procès, a de quoi faire frémir. En fait, ce sont deux séquences à 25 minutes d’intervalles qui ont été filmées par les caméras de surveillance. On y voit un détenu se faire passer à tabac sous un préau. Puis, bien plus tard, se faire frapper à terre. Coups de pied, coups de poing… Le lynchage du 8 décembre 2024 a été plus que violent. Un de ses agresseurs lui a même sauté sur la tête. Aucun gardien n’est intervenu. Bilan des opérations : 21 jours d’incapacité de travail et, au départ, une suspicion de commotion cérébrale.

« Il a dit qu’il a pactisé avec le diable »

À l’instruction du dossier, le tribunal a mis en avant la défaillance de la gardienne, décrite noir sur blanc dans la procédure. « Elle dit qu’elle était concentrée sur une autre cour de promenade. Et que la poubelle la gênait pour bien voir tout comme son chauffage d’appoint. Sans oublier son fauteuil de mauvaise qualité qui l’empêche de se tourner. Et elle dit qu’elle n’a pas vu d’attroupement. »

Cette dernière phrase suscite l’étonnement. Car le visionnage des caméras montre un réel tumulte sur ce qui reste du bitume, envahi par la mousse, les mauvaises herbes et les fissures. Un des mis en causse a même assuré qu’elle faisait la sieste pendant son service. L’enquête devra le déterminer.

« Il a parlé de violer ma femme »

Peu ou prou, les cinq prévenus, âgés de 20 à 26 ans, ont reconnu les faits et confessé des regrets. « Mais pourquoi un tel déchaînement de violences ? Pourquoi se mettre à cinq sur un individu au sol ? », questionne la juge avec insistance. « Il a menacé nos mères et nos sœurs. Il a dit qu’il avait pactisé avec le diable. Il a blasphémé. Il faisait des incantations en promenade », explique le premier.

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« Il y a eu des mots de sorcellerie. Je ne l’écoutais pas. Mais quand il a parlé de violer ma femme… En plus, il savait où elle habite, poursuit le deuxième. Il a aussi dit qu’il allait nous planter. Et on ne savait pas ce qu’il avait dans ses poches. Et comme la gardienne dormait… »

« Nous ne sommes pas des animaux »

Le troisième embraye :

« Je sais la différence entre le bien et le mal. Nous ne sommes pas des animaux, à nous en prendre à quelqu’un sans raison. C’est lui qui nous a menacés, qui voulait tout ça. Ce n’est pas arrivé par magie. Oui, je confirme. La guérite s’est endormie. Il l’a vu. C’est pour ça qu’il nous cherchait. Dans cette histoire, tout le monde à des torts : nous, lui et la prison. »

Les déclarations des deux autres sont du même tonneau. « Il voulait débattre de la religion et on ne voulait pas avec lui. Les menaces de viol sur nos compagnes… Ses mots ont fait dépasser nos limites », assure celui qui lui a sauté à pieds joints sur la tête.

« C’est inadmissible de perdre ses chaussures »

Face à eux, le plaignant se dit « outré et dégoûté. » Libéré depuis, il assure toujours souffrir au niveau de la tête et de la jambe. « C’est faux ces histoires de sorcellerie. Et puis, pour rigoler on peut dire à quelqu’un : tient, je vais te jeter un sort. Mais ce qui est vraiment inadmissible, c’est de perdre ses chaussures dans la cour de promenade. » Il fait ici allusion au fait que ses agresseurs l’ont délesté de ses baskets pour les lancer par-dessus le mur.

« La gardienne en répondra »

Pour le parquet, la culpabilité des cinq n’est pas un enjeu. « Oui, la victime est un miraculé. Oui il a été laissé pour mort. Heureusement, son heure n’était pas arrivée. Oui, on peut déplorer que la gardienne n’ait pas fait son travail. Sa passivité a été déplorable. Et elle en répondra. Vous pouvez vous indigner des conditions de détention… Mais commencez par ne pas commettre de délits pour ne pas aller en prison », lance-t-elle à l’adresse de ceux qui ont un casier déjà bien chargé.

Pour ce qu’elle appelle « un massacre en bonne et due forme, un passage à tabac gratuit », la magistrate réclame un total de 17 années de prison, réparties en fonction du profil de chacun.

Le tribunal a prononcé des peines de 24, 30 mois et 4 ans de détention pour trois d’entre eux. Le tout avec un ordre de maintien en détention.



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