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à Saint-Macaire, les élus règlent leurs comptes

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Vendredi 21 mars 2025, Stéphane Lhomme, habitant de Saint-Macaire (Gironde), envoie un e-mail à la rédaction du Républicain Sud-Gironde informant le journal qu’un « acte de protestation contre la municipalité aura lieu lundi 24 mars devant la mairie, avant la réunion du conseil municipal ». Le courrier électronique est signé de son nom, et de Jérôme Juge, mis en copie de cette missive.

Les deux hommes étaient présents sur la liste d’opposition de Bernard Barbé aux dernières élections municipales, mais n’ont pas été élus. Tous deux sont membres de l’association ‘Saint-Macaire en débat’, créée en février 2020 (à l’occasion des municipales) et qui affiche clairement sur son site internet être liée à la liste d’opposition de Bernard Barbé, tout en stipulant que l’association est « ouverte à tous les Macariens concernés par le devenir de leur commune ».

Un vente « dans le seul but de boucher le trou financier » selon les opposants

L’objet de la protestation, précise Stéphane Lhomme : « le maire et son équipe ont décidé de vendre 4 logements sociaux rue Thiers, réservés de longue date à des jeunes, bafouant les engagements pris envers d’autres communes ». Et cela, estime-t-il, « dans le seul but de boucher le trou financier qu’ils creusent obstinément depuis 5 ans, en raison de leurs erreurs, notamment lorsque la municipalité a rompu son contrat avec le SDEEG (Syndicat Départemental Énergies et Environnement de la Gironde) pour alimenter les bâtiments communaux et l’éclairage public en énergie dite ‘verte’ ».

Sur place, le lundi 24 mars 2025, les deux hommes sont donc au rendez-vous et ils interpellent, à leur passage, les élus se rendant à la réunion, avec les messages inscrits sur leurs pancartes : « non à la vente des logements » et « ne vendez pas les logements sociaux ».

Après avoir comblé son déficit 2024 en vendant le terrain Jugean, souhaitant combler celui de 2025 en vendant scandaleusement ces logements, on se demande par ailleurs ce que le maire et son équipe vendront l’an prochain : l’école ? la mairie ?

Stéphane Lhomme et Jérôme Juge

Moins d’une dizaine de personnes les rejoignent devant l’entrée de la mairie.

Quelques minutes avant le conseil municipal, devant la mairie de Saint-Macaire (Gironde), deux opposants protestent contre la vente de logements sociaux. ©Delphine Decourcelle / Le Républicain

Vingt personnes suivent le conseil municipal de Saint-Macaire

Parmi elles, une habitante, venue exprimer sa déception : « je ne me reconnais pas dans ce qui est décidé sur la commune », explique-t-elle. « Avec cette volonté municipale de vendre ces quatre logements sociaux, on s’éloigne de l’engagement qui avait été pris, de faire de Saint-Macaire un village qui favorise la mixité, juge-t-elle. Il n’y a pas que ça : le campus connecté, par exemple, c’est une aberration de proposer d’enseigner à travers un ordinateur. Il vaudrait mieux développer des lignes de train et soutenir les universités. »

19h30, le petit groupe rejoint la mairie pour assister à la réunion. Dans la salle, le public venu y assister comprend une vingtaine de personnes. Plusieurs dossiers sont à l’ordre du jour. Celui concernant la vente des logements était déjà au menu d’un précédent conseil municipal, en janvier dernier, où les 5 élus d’opposition avaient quitté la séance, mettant fin aux délibérations, en raison de l’absence du quorum.

Saint Macaire « ne peut pas faire d’emprunt » en raison de son endettement

Ce lundi 24 mars 2025, ce point en question est lié à une autre délibération pour la vente d’une maison rue Amiral-Courbet. Le maire, Cédric Gerbeau, prend la parole pour expliquer le contexte de ces ventes :

Je rappelle que la commune ne peut pas faire d’emprunt, car elle est très endettée. La vente de ces maisons est clairement due à une volonté de restauration du château de Tardes, dont une estimation des travaux s’élève à 800 000€ et pour lequel il y urgence, ce qui nous pousse à trouver des réflexions de financements, notamment via notre surcharge foncière. La vente rue Amiral-Courbet pourrait rapporter 50 000€ et celle rue Thiers 300 000€.

Cédric Gerbeau

« Il n’y a pas de débat possible, explique Bernard Barbé, élu de l’opposition, puisque nous n’avons jamais vu le document d’estimation pour ces travaux au château de Tardes. » Dominique Scaravetti, premier adjoint, précise : « c’est une étude qui était déjà au budget l’an dernier. »

« Si on fait un emprunt, on sera placé sous tutelle »

« Et le document a été présenté en commission », ajoute Rémi Pottier, adjoint au patrimoine et à l’urbanisme, s’adressant à un autre élu de l’opposition, Alain Falissard. « Je nie totalement le fait d’avoir eu entre les mains un document qui fasse ressortir pour 800 000 € de travaux. Je regrette, mais non », rétorque aussitôt ce dernier.

« Et quant à l’urgence, à la dangerosité pour le château – j’y ai habité pendant 14 ans, il y avait déjà des fissures et le bâtiment ne s’est pas pour autant effondré », note Alain Falissard.

Cédric Gerbeau, maire de Saint-Macaire (Gironde) a été violemment frappé et insulté par deux mineurs de 14 et 15 ans, le 8 décembre 2021 dans sa commune.
Cédric Gerbeau, maire de Saint-Macaire (Gironde), défend la vente des 4 logements sociaux pour financer des travaux du château de Tardes. ©archives Delphine Decourcelle / Le Républicain Sud-Gironde

« Mais enfin, nous n’inventons pas la nécessité de ces travaux, c’est un tiers, un professionnel, qui a réalisé cette étude », s’agace Rémi Pottier, avant d’indiquer que « cette somme pourra peut-être s’étaler sur plusieurs budgets, peut-être 8 ans ».

« Le château de Tardes est un lieu social, culturel, de jeunesse », insiste le maire, qui avait indiqué, dans les colonnes de notre journal en 2021, que c’était « LE bâtiment du mandat ». Et d’ajouter ce lundi 24 mars, que « d’autres urgences allaient vite s’ajouter à ce chantier : vous êtes tous au courant de ce qui se passe au niveau national, sur la baisse des financements publics… »

Ici, à Saint-Macaire, on ne peut pas faire d’emprunt et si l’on en fait un, on sera placé sous tutelle. Donc on doit se débrouiller tout seuls et politiquement, il faut faire des choix, car on n’est pas Crésus. On doit garder les pieds sur terre. Nos ambitions, nos belles idées, à un moment, il faut bien les financer

Cédric Gerbeau

Un dossier remontant à 2017

L’ancienne communauté de communes des Coteaux macariens avait acquis et réhabilité les 4 logements rue Thiers. Mais à sa dissolution en 2017, leurs biens avaient été répartis sur plusieurs communes, Saint-Macaire récupérant celui rue Thiers, « sans contrepartie financière, mais avec l’engagement moral de maintenir leur vocation initiale, c’est-à-dire de les dédier aux jeunes », d’après l’opposition.

Information nuancée par Sylvain Capelli, adjoint au maire, qui s’appuie sur une délibération de 2018, où il est stipulé que « la commune s’engageait, via une convention, à conserver ces habitations jusqu’en 2033 en logements sociaux à loyers modérés, sans précision aucune d’obligation à les réserver à la jeunesse ».

« Nous ne souhaitons pas changer la destination de ces logements sociaux, mais juste le gestionnaire », appuie le maire. « Dans la mesure où ce n’est pas un bâtiment sur le plan patrimonial d’un intérêt majeur, ça ne me choque absolument pas que la commune le vende, déclare Florence Lassarade, élue locale et sénatrice de Gironde. Et je ne me sens pas moralement liée aux communes dont on a été obligés de se séparer à la dissolution de l’ex-Cdc. »

« C’est notre devoir de garder ces logements sociaux », insiste Tristan Roselle. « Et jusqu’en 2033, OK mais après c’est plié : un privé pourra en faire ce qu’il voudra, prévient Bernard Barbé. Alors que là, nous avons les mains libres sur le dossier. » 

« Nous ne sommes pas contre le social, ni contre loger les gens ! » s’exclame le maire. « Il y a de nombreux logements sociaux recensés à Saint-Macaire. Il va y en avoir 56 de plus avec le projet Jugean. » Et bientôt 4 autres près des écoles.

« Et il y a ce qui s’impose à nous aussi, il va falloir se pencher bientôt sur le Cercle français, le gros bâtiment au dessus de la Caisse d’Epargne, mais aussi la ruine en face de la Maison Mussidan, sans parler de la rénovation de l’école qui date des années 60… Si on met tout, bout à bout et qu’on chiffre, je ne sais pas comment on va faire », poursuit-il.

« C’est bien beau cette liste à la Prévert », intervient Tristan Roselle, autre élu de l’opposition. « Mais tout cela peut être étalé dans le temps, sur les années à venir. Déjà, en 2023, on a récupéré 400 000€ avec la vente du terrain Jugean qui va accueillir le très beau projet de résidence de logements sociaux. Cette vente ne sert-elle pas déjà à faire des investissements supplémentaires ? », interroge-t-il la majorité.

« En fait, ça tombe dans le pot commun et nous avons eu aussi des dépenses. Ce n’est pas une recette qui était fléchée, mais elle était dans nos finances d’investissements. Pour des petits projets que l’on fait tous les ans », indique Dominique Scaravetti. « Et puis il y a les 450 000€ de remboursement d’annuités d’emprunts que nous n’avons pas contractés », rappelle Sophie Tristant, adjointe à l’économie.

« Est-ce que vous n’avez pas vendu le terrain Jugean pour venir couvrir la section de fonctionnement du budget ? Voilà la vraie question », s’énerve Alain Falissard, qui se sent visé en tant qu’ « élu ayant actuellement fait le plus de mandats ».

Nous n’avons jamais dit que vous aviez fait du mauvais travail, on a juste dit qu’il fallait rembourser les dettes, ce n’est pas pareil. Et les comptes de la commune sont publics, vérifiés régulièrement par la Trésorerie, et j’invite les habitants à venir vérifier ce que nous faisons

Cédric Gerbeau

Le maire de Saint-Macaire ajoute : « il en va de notre responsabilité de vendre ces biens, qui allaient devenir aussi une charge financière importante pour la commune, en raison de l’entretien de ces bâtiments. Rien que pour la maison rue Amiral-Courbet, la restauration de la charpente nous avait déjà coûté 24 000€. »

Une vive tension entre l’équipe de Cédric Gerbeau et son opposition

Malgré ces arguments, la tension ne cesse de monter et des deux côtés, de la majorité et de l’opposition, à plusieurs reprises durant la réunion, des élus se traitent de « menteurs » sur différents points : les finances de la ville, le partage du document de l’étude du château de Tardes, etc.

Bernard Barbé, opposant de Cédric Gerbeau, critique vivement les orientations de la majorité municipale de Saint-Macaire (Gironde).
Bernard Barbé, opposant de Cédric Gerbeau, critique vivement les orientations de la majorité municipale de Saint-Macaire (Gironde). ©archives Gaël Arcuset / Le Républicain

Encore plus quand il s’agit d’évoquer un autre nœud du dossier de la vente de ces logements. Selon l’opposition, « vendre ces logements reviendrait à renier l’histoire de ces bâtiments et l’engagement moral pris par la commune de Saint-Macaire vis-à-vis des communes de l’ancienne Cdc des Coteaux Macariens, dans un contexte de plus en plus difficile pour se loger à Saint-Macaire, à un moment où la précarité se fait plus pressante que jamais. Cette vente irait à l’encontre de l’intérêt général de la collectivité, alors qu’elle doit en être le garant ».

De lourdes accusations

Alain Falissard estime quant à lui que la majorité « trahit sa profession de foi de 2020 ». Ce débat fait alors sortir le maire de ses gonds : « Arrêtons de condamner Saint-Macaire dans sa politique sociale solidaire ou sur l’intérêt public. Stop ! » Et d’énumérer : « la rénovation de l’école de musique Ardilla qui sert largement au territoire, l’éclairage de la moitié du pont de Langon, la gestion et l’éclairage de la piste cyclable, le combat pour garder la gare de Saint-Macaire, la création du campus connecté… »

Le maire a ensuite soumis au vote les ventes des biens : validée pour le bâtiment rue Amiral-Courbet, avec une opposition (Bernard Barbé) et une abstention (Alain Falissard) ; validée pour les logements rue Thiers, avec 5 votes contre des membres de l’opposition. 

Après le vote, et une heure de débat sur ce dossier (sur un conseil municipal d’1h30 avec d’autres sujets à l’ordre du jour), de reproches et d’attaques réciproques sur la façon de gérer ou de s’investir dans la vie municipale, les discussions houleuses vont toujours bon train. « Stop, je vous prie de vous ressaisir », insiste le maire, avant de clôturer la séance.



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