Joueur de Lyon depuis 2017, Xavier Mignot avait décidé de quitter le Lou en cours de saison pour tenter l’aventure en Major League Rugby du côté de la Nouvelle-Orléans. Après avoir disputé cinq rencontres, l’international français (31 ans ; 1 sélection) s’est confié à Actu Rugby sur sa nouvelle vie et ses premiers pas aux États-Unis. Il le concède aisément, le dépaysement est au rendez-vous !
La nouvelle vie de Xavier Mignot aux États-Unis
Choisir, c’est renoncer. André Gide avait probablement vu juste, tout du moins en partie. Parce que renoncer, en revanche, ne veut pas toujours dire regretter. Et il nous a suffi d’un petit coup de téléphone à Xavier Mignot pour le vérifier.
C’est pourtant un choix fort auquel s’est résolu le trois-quarts aile en pleine saison de Top 14, faisant une croix sur l’exercice en cours pour aller vivre autre chose. Une décision qui n’était d’ailleurs pas spécialement préméditée, à l’inverse de la longue réflexion de Kélian Galletier, son coéquipier sous les couleurs de NOLA Gold.
« On va dire que la destination, je ne l’ai pas choisie en amont, c’est plus l’opportunité qui a fait que. Elle s’est présentée à moi en novembre, décembre, j’étais en fin de contrat à Lyon en juin 2025, ça ne se passait pas bien, je n’étais pas satisfait de mon temps de jeu, même de l’environnement, de la direction que ça prenait avant que je parte. J’ai eu une opportunité qui s’est présentée et je me suis dit, allez, feu ! Pour aller chercher, découvrir une autre culture, une aventure familiale aussi puisque je suis parti avec ma femme et mes deux enfants et découvrir une autre façon de jouer au rugby », nous explique-t-il.
Nouvelle-Orléans : la French connection
Partir à ce moment-là n’était donc pas prévu de longue date, arriver là, c’est-à-dire en Louisiane et plus précisément à la Nouvelle-Orléans, ne l’était évidemment pas plus. Le rêve américain, Xavier Mignot n’y avait d’ailleurs jamais tellement songé.
« J’étais allé une fois aux États-Unis, à Eau Claire dans le Wisconsin, en immersion totale dans un coin paumé, mais je n’étais pas allé dans toutes les villes un peu célèbres, Los Angeles, Las Vegas, San Francisco, Miami, New York… J’avais juste fait un mois pour apprendre la langue quand j’étais en seconde dans une famille d’accueil. Au moins ça m’a laissé de beaux restes, je pratiquais au quotidien car je m’efforçais de beaucoup communiquer avec les étrangers à Lyon et je regardais pas mal de séries en VO », sourit Xavier Mignot.
Son arrivée à NOLA (contraction de New Orleans, Louisiana), l’ancien Grenoblois la doit beaucoup aux consonnances très françaises de l’équipe dirigeante : « Alexandre Maumont, le président, est français, les propriétaires le sont aussi. Et c’est Nicolas Godignon qui est directeur sportif. D’ailleurs c’est Nico qui est venu nous chercher à l’aéroport. Quand tu arrives avec une femme, des enfants, il y a pas mal d’intendance… On est arrivés avec sept valises ! Ce sont des petits trucs comme ça qui ont facilité les choses. »
Superbowl, carnaval et nourriture bio
Même si cette soudaine traversée de l’Atlantique n’était pas tout à fait un saut dans le vide ou dans l’inconnu, Xavier Mignot et sa petite famille, en Louisiane depuis moins de deux mois, connaissent forcément une période d’adaptation.
Facile sur le plan climatique : « C’est vraiment agréable en ce moment, une ambiance tropicale, humide. Pour donner un ordre d’idée à notre arrivée, il faisait 25, 26, 27 degrés, on était début février. Après, les mecs m’ont calmé parce qu’ils m’ont dit, prépare-toi, à partir de mai, juin, juillet, il fait très chaud ! »
Tout le reste, ils l’apprennent au quotidien. Des habitudes dans leur quartier résidentiel, proche du centre-ville et de l’école des enfants, aux nouvelles adresses qu’ils repèrent notamment sur les rives du Lac Pontchartrain bordant la Nouvelle-Orléans au nord, en passant par les endroits où faire les courses afin de ne pas tomber dans la malbouffe.
Ce qui a d’ailleurs un coût : « J’ai vite trouvé Whole Foods (grande surface spécialisée dans la nourriture bio, ndlr). Franchement, si tu compares certains produits par rapport à d’autres supermarchés, ce n’est pas plus cher que ça. Après, si tu prends tout et n’importe quoi chez eux, c’est-à-dire toutes tes courses, là, tu te fais un peu allumer ! Franchement, ça reste raisonnable. Les produits sont bons. La viande est de qualité, le poisson aussi. La transition s’est, on va dire, bien passée… même s’il y a des produits qui nous manquent ! »
Un tel changement s’accompagne, et il serait dommage de s’en priver, de petits extras qui ne se représenteront peut-être pas. Le timing de l’arrivée du Français à la Nouvelle-Orléans ne pouvait même pas mieux tomber.
« J’ai eu la chance de faire le Superbowl, dix jours après notre arrivée. On s’est dit on n’a qu’une vie, on y va. C’était une ambiance exceptionnelle. On a fait des matchs de NBA des Pelicans… Puis il y a eu le carnaval avec Mardi Gras, c’était incroyable. Je m’attendais à tout sauf à ça ! Des parades trois fois par jour pendant trois semaines, tout le monde dans la rue, une ambiance hyper chaleureuse, festive. Les enfants repartaient des parades avec des tonnes de jouets, gadgets », s’émerveille le natif de Bourgoin-Jallieu.
Bref, entre son acclimatation réussie à l’American way of life et ces occasions saisies au vol, Xavier Mignot est comme un poisson dans l’eau du bayou. Et le rugby dans tout ça ? On y vient.
Du Top 14 à la Major League Rugby
Quatre matchs, autant de titularisations, trois essais au compteur. Sur le plan personnel, Xavier Mignot a réussi ses débuts avec NOLA Gold malgré un bilan d’une victoire et trois défaites. Ce qu’il retient, c’est ce qu’il était venu chercher : un rugby différent et une certaine fraîcheur.
« C’est compliqué de juger le niveau de la MLR. Ce n’est pas du Top 14, ça c’est clair et net. Je pense que la Ligue est en train de monter, le niveau de jeu aussi. Ça correspond à la Nationale ou au milieu de Pro D2. Certaines équipes peuvent rivaliser avec le milieu de Pro D2. Ça tape, les impacts sont forts, ça joue beaucoup. C’est un autre style de jeu, plus ouvert, un peu moins stratégique sur l’occupation. On pourrait décrire ça comme la seconde division du Super Rugby, dans l’atmosphère, dans l’esprit », résume-t-il.
« De ce que j’ai pu voir et comprendre, c’est une ligue qui a fortement évolué. Il y a 7 ans, il y avait 100 spectateurs par match. Aujourd’hui, il y en a 6 000. Ça évolue. Même dans la ville. Il y a beaucoup plus de personnes qui connaissent le rugby, qui nous parlent aussi du rugby, dès qu’on dit qu’on joue pour NOLA Gold. Ils sont intéressés, ils sont curieux. On sent que ça est en train de prendre. Et que ça prend de plus en plus de popularité », se réjouit l’ailier.
Qui s’avoue d’ailleurs séduit par le niveau de professionnalisme qu’il a trouvé : « C’est plutôt pas mal, proche du Top 14. Au niveau des entraînements, des méthodes de musculation, des infrastructures aussi même si elles sont un peu dans leur jus. Je ne m’attendais pas à ça. et j’ai été agréablement surpris. Le vestiaire est top, la salle de muscu est spacieuse. Le matériel est dans son jus mais il y a tout ce qu’il faut, la salle de kiné, il y a tout. »
Avec un petit bémol sur les ressources humaines : « Le nombre de membres du staff est beaucoup moins important ici qu’en France. Pour donner un exemple, le préparateur physique est tout seul. En France, on en a 3 ou 4. Donc forcément, c’est un peu moins précis, un peu moins de suivi derrière parce qu’il ne peut pas tout faire non plus. »
Arrivant du Top 14, estampillé meilleur championnat du monde par son département marketing, la douche aurait donc pu être plus froide pour Xavier Mignot. Lui comme ses nouveaux coéquipiers tiennent d’ailleurs l’élite française en haute estime.
« Quand je discute avec les mecs, ils ont une vision de la France et surtout du Top 14, ils rêvent tous d’y jouer ! Et quand t’es dedans, moi j’ai toujours connu ça, tu ne te rends pas forcément compte de la chance que t’as. Quand les mecs te parlent de ça, l’admiration qu’ils ont pour les joueurs en France, en Top 14, tout autour de ça, tu relativises aussi sur beaucoup de choses. Et ça te permet de prendre du recul là-dessus », avoue Xavier Mignot.
Pour les prochains mois, pas de Top 14 pour lui mais une aventure qui le portera à Salt Lake City, Chicago ou encore Washington. « Les horaires sont un peu contraignants, les déplacements sont longs et on n’a pas trop le temps de visiter ! Mais ça permet de m’imprégner un peu de ces villes, de me dire que j’y suis allé », sourit-il.
Autant de cases cochées au cours d’une expérience que Xavier Mignot compte bien vivre à fond jusqu’à son terme.
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