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Patrimoine. Au château de Rametz, à moins d’une heure de Lille, cette chapelle rénovée rayonne

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Un trésor historique de briques rousses, de grès gris et d’ardoises bleutées, caché dans une végétation luxuriante entre une rivière au sud, une voie ferrée abandonnée au nord, un chemin rural à l’est, l’ensemble à une encablure à l’ouest des murailles romaines du Forum Antique… Nous voilà au château de Rametz, près de Bavay (Nord), à environ une heure de Lille.  Sa rénovation complète a concerné aussi sa chapelle, dédiée à St-Nicaise. Ses propriétaires ont reçu un prix !

Lors des travaux de la chapelle. ©JLP

Un prix des « Vieilles Maisons de France »

Le visiteur comprend bien que la Délégation départementale du Nord de l’association des « Vieilles Maisons Françaises » (créée en 1958, 18 000 adhérents, revue bimestrielle de haut niveau) ait tenu à décerner un prix à Pascale et Stanislas de Pas, pour une restauration de chapelle, après celle d’une grande partie de leur château de Rametz, tout près de la Cité des Nerviens.

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La chapelle rénovée du château de Rametz a reçu une récompense de VMF, aussi belle à l’intérieur qu’à l’extérieur ! ©JL Pelon/Croix du Nord

Navire minéral sauvé des injures du temps

Ce château constitue un témoin des mœurs guerrières, mais aussi de la « dolce vita » et du savoir-faire/savoir-vivre des certains de nos Anciens. Au cœur d’un parc arboré sur la rive droite de l’Hogneau, il était déjà labellisé – pour sa rare beauté préservée – par des organismes de protection.

Mais méritent d’être valorisés l’opiniâtreté des propriétaires, le travail remarquable des entreprises, l’aide matérielle de divers groupes : Papillons Blancs, scouts, enfants handicapés de l’Arche, réunions de voisins, lycéens du tout proche Centre des métiers du bois…

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Vu du château de Rametz dans son écrin de verdure. ©JL Pelon/Croix du Nprd

Privé mais ouvert, c’est rare

Voilà un patrimoine entièrement privé (propriété familiale depuis 5 générations), mais ouvert et accueillant. Est-ce si fréquent de nos jours ? Ce « château de vallée » (quelques cousinages architecturaux avec Olhain, Liettres, Ecou, Potelle, Esquelbecq, Créminil etc.) ne ressemble pas à ces « maisons fortes » bâties sur des points hauts, comme dans d’autres provinces. Les premiers seigneurs ont sans doute voulu profiter de l’Hogneau pour garder en eau les larges douves, et même pouvoir inonder les environs en cas de siège imminent ?

En tout cas, au cours des siècles, les adjonctions (hautes toitures, petit balcon XIXe etc.) et les suppressions (courtines remplacées par une simple balustrade…) se sont succédé, transformant peu à peu l’austère castel défensif du temps des chevaliers batailleurs en une résidence de plaisance dès la Renaissance, puis surtout aux XVIIe et XVIIIe.

Des constructeurs aux améliorateurs

Les érudits locaux nous apprennent que ce château, après avoir été un fief du sire de Proisy (inscription sur le manteau de la cheminée du salon) fut, durant 350 ans, celui d’une famille de la noblesse hennuyère, maintenant proche de la Cour du royaume de Belgique, les d’Yve de Bavay.

Le site a conservé la forme d’un quadrilatère irrégulier d’environ 50 m de côté, cantonné de quatre tours inégales. Celle qui se dresse à droite du pont dormant (l’unique entrée) abrite – sans doute depuis les années 1500 – la chapelle, dédiée à St Nicaise.

Le récent rejointoiement extérieur des briques a été un modèle genre (hélas, les joints intérieurs ont été naguère faits en ciment), comme précédemment celui de l’ancien donjon et du logis seigneurial. Pour la couverture, les ardoises cupa ont été taillées une à une afin d’épouser le galbe du toit et de la fine flèche à deux abat-sons, et fixées par des clous de cuivre (notamment les bulbes sommitaux en bois).

Sur la façade de l’entrée, une statue XIXe d’une Vierge à l’Enfant vous accueille d’un discret sourire. Les vitraux à entrelacs du XIXe, la corde de la cloche toujours fonctionnelle, l’autel du XVIIIe, le joli bénitier sculpté dans la masse d’une seule pierre bleue, d’autres objets liturgiques composent un environnement pacifiant.

Des familles lilloises deviennent propriétaires

Au Siècle des Lumières, le domaine passe de famille en famille, puis échoit après la Révolution à un personnage belgo-espagnol haut en couleur, François de Butron y Muxica della Torre (1776 Obies-1822 Gommegnies). Il aboutit, vers 1850 par mariage, entre les mains de familles lilloises : Baillieu d’Avrincourt et Le Mesre de Pas. Des perfectionnements furent apportés pour offrir davantage de confort à chaque génération, au temps où la domesticité était nombreuse dans ces familles et où souvent les gentlemen-farmers résidaient à demeure.

On devine l’ambiance de jadis en voyant la grande galerie à arcades vitrées fin XIXe dont il reste la partie front à cour, inondée de lumière. Les bâtiments de jardinage ou de gardiennage ont pu changer d’affectation ; on aperçoit encore le chenil datant de l’époque où tel aïeul pratiquait la chasse à courre, avant que le domaine ne soit coupé par la ligne de chemin de fer, maintenant abandonnée à la végétation sauvage.

De surprises en surprises

La tour de guet fortifiée dispose de murs si épais qu’ils recèlent un étroit escalier en vis menant de la cave à l’ex-salle des gardes en passant par les anciennes latrines. Archères, meurtrières carrées, canonnières à couleuvrines sont devenues de nos jours de précieux éléments de décor.

À l’intérieur, on peut admirer, creusée dans le soubassement en grès, une magnifique porte à l’encadrement mouluré en pierre bleutée du Tournaisis avec linteau en arc en accolade : peut-être l’entrée d’origine à la fin du Moyen-Âge ? La cuisine est construite en une large voûte de briques en plein cintre, ses murs d’un à deux mètres d’épaisseur sont percés d’ouvertures basses vers le nord, presque au niveau des douves.

Un parc sublime

La visite du parc joliment vallonné, clos d’une ceinture dense d’arbres et arbustes, par une belle journée printanière, enveloppé des effluves de fleurs et bougeons jaillissants et de feux de bois, vous mène d’un noyer d’Amérique à un cyprès chauve, d’un séquoia à un tilleul lancéolé, à un ginkgo pour arriver devant un hêtre pourpre de 250 ans… et des poussières.

Le visiteur part, salué par les remuements des frondaisons de ces sujets remarquables.

Jean-Louis Pelon

Ouverture sans réservation lors des Journées du patrimoine en septembre prochain.



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