Home Politique Patrick Balkany fait le show devant un parterre d’avocats

Patrick Balkany fait le show devant un parterre d’avocats

18
0



« J’ai vraiment l’impression d’être au conseil municipal de Levallois. » Costard bleu, cravate rose, Patrick Balkany, ancien baron des Hauts-de-Seine condamné pour fraude fiscale et blanchiment, arrive ovationné à la maison du Barreau de Paris, où était organisée cette semaine la mythique conférence Berryer, une joute oratoire d’avocats (lire l’encadré).

C’est quoi la  conférence Berryer ?

Pour comprendre quelle est cette mythique conférence, direction le site Internet qui lui est consacré. On y apprend qu’il s’agit d’une joute oratoire déjantée, vieille de cent cinquante ans. Elle rend hommage à Pierre-Antoine Berryer (1790 – 1868), « Prince de l’éloquence », avocat, bâtonnier, député et membre de l’Académie français, qui fut un orateur hors pair et donna à la plaidoirie ses lettres de noblesse, celles du courage et du cœur.

Au fil des années, la conférence Berryer a accueilli de nombreux invités prestigieux, dont Salvatore Dali, Monseigneur Lustiger, Serge Gainsbourg, Romain Gary, Jacques Seguela, Gad Elmaleh… Plus récemment, l’ancien président François Hollande, l’ex-Premier ministre Édouard Philippe, l’artiste Clara Morgane, le footballeur Éric Cantona, le chercheur Didier Raoult, etc.

Pour faire partie des 12 membres, il faut être un(e) avocat(e) élu(e) par ses pairs au terme d’un concours d’éloquence. Ce statut leur donne, pendant un an, la priorité sur des dossiers criminels au tribunal de Paris.
Ce titre leur impose aussi d’organiser des mondanités, dont cette conférence, créée en 1871 et qui a vu défiler de nombreuses personnalités. 

« Inviter un homme condamné, tu n’as pas honte ? »

En 2025, le choix des premiers invités a nourri de vives critiques. Car, avant Patrick Balkany, fut reçu le garde des Sceaux Gérald Darmanin, aux propositions de réformes contestées par de nombreux avocats.

« On m’a dit que j’avais pactisé avec le diable », raconte à la salle comble Me Hugo Latrabe, chargé d’organiser l’événement. Puis, avec Patrick Balkany, « je me suis attiré la foudre… Inviter un homme condamné, tu n’as pas honte ? »

« On ne m’a pas encore coupé la tête ! », l’interrompt, rieur, Patrick Balkany. « Et qui me dit ça ? reprend Me Latrabe. Les mêmes qui, chaque jour, disent à leurs clients que la justice peut condamner, mais ne doit pas s’acharner. »

Vidéos :

Me Latrabe n’avait pas non plus emporté la parfaite adhésion de ses 11 camarades de la Conférence. « Il y a deux critères cette année pour choisir un invité : être de droite et avoir eu affaire à la justice », tacle Me Réda Ghilaci.

« Nous sommes inquiets, car nous invitons un repris de justice… », tonne aussi Me Maxence Gallo. « Repris de justesse ! », le coupe Patrick Balkany.

« Vous trinquez à la santé du contribuable »

Traditionnellement, l’ancien député-maire se fait brosser le portrait, entre taquets et passages de pommade. « Vous êtes l’homme le plus honnête du monde, ironise Me Juliette Triquet, le tonton flingueur du 92, qui n’a qu’un seul bagage, une seule vérité : la sienne. » Remontant le fil de sa vie, elle mentionne une « chambre d’écolier avec Michel Sardou ». « Ce dernier dit même que vous l’avez inspiré dans sa chanson : ‘Mes chers parents, je vole’…»
Salle hilare.

Elle le flatte d’avoir « créé une ville de gens contents ». Avant de moquer : « Vous trinquez à la santé du contribuable. » Grave, elle mentionne le placement à l’isolement de Patrick Balkany en prison, « une torture blanche que nous dénonçons régulièrement ».

« Votre portrait au vitriol me donne l’impression d’une procureure du parquet national financier [PNF], répond-il, toutefois « honoré d’être ici ». « J’étais un peu anxieux, car je croyais que cela se passerait au Palais, la dernière fois, j’y étais escorté de gendarmes. »

Patrick Balkany

« Isabelle a les yeux bleus ? »

Au pupitre se succèdent un avocat fiscaliste et un salarié du cabinet de conseil EY, sélectionnés par la conférence pour discourir sur deux sujets : « Frauder, c’est tromper ? » et « Isabelle a les yeux bleus ? »

Le premier soutient que « frauder n’est pas tromper, mais être libre ». Le second qu’Isabelle Balkany, l’épouse de l’invité également condamnée, « ne saurait être une femme instrumentalisée pour attaquer son mari ».

Puis les 12 se livrent à une critique, souvent cruelle, de leurs interventions, allant des remarques sur le physique aux observations sur l’élocution – « Dès que tu veux être impertinent, tu bégaies ! », pour creuser le fond – « Tu fais partie de ces racistes qui ne s’assument pas », de ces prétendus « féministes qui parlent de patriarcat en imitant une voix de femme… ».

Quand les deux orateurs se rassoient, forcément défaits, un avocat d’une précédente promotion de la Conférence prend la parole : c’est au tour des 12 d’être caricaturés à l’envi. « Le facho dangereux, l’Arabe de service, le chauve, l’homosexuel, la ‘fémi-salope’…», commence Me Pierre-Henri Baert, se livrant ensuite à un décryptage mordant de leurs propos.

– Vous êtes formidable. Si j’étais producteur de film, je vous engagerais de suite ! lui lance Patrick. Balkany.
– Encore un mensonge… Patrick ! »

avec AFP



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here