Home Faits Divers Dix jeunes, en mode commando, terrorisent 15 victimes en Vendée

Dix jeunes, en mode commando, terrorisent 15 victimes en Vendée

14
0



Lundi 17 mars 2025, à la barre du tribunal judiciaire de La Roche-sur-Yon, deux jeunes de 18 et 19 ans, l’un résidant à Mouilleron-le-Captif, l’autre à La Roche, comparaissaient pour violences en réunion et dégradations commises le soir du 16 novembre 2024. Avec huit autres adolescents mineurs (jugés par le tribunal pour enfants le 4 mars dernier, N.D.L.R.), ils sont partis en commando pour une expédition punitive qui va durer 2 h 30 à travers le Pays yonnais et qui va faire quinze victimes.

« Quatre scènes violentes »

Une virée infernale qui est partie d’un mot de travers. « Tout ce petit monde s’est chauffé et a décidé de partir régler ses comptes parce que l’un d’entre eux aurait peut-être été critiqué sur un groupe de discussion par des jeunes d’une autre bande », résume la juge Isabelle Jubineau. Une étincelle, mais qui va mettre le feu aux poudres.

L’expédition débute à 20 h 30. Le groupe part à bord deux voitures, direction Dompierre-sur-Yon, au domicile d’un mineur qui passe la soirée chez lui, en famille. Ce dernier sait qu’un commando va débarquer chez lui, puisqu’il a reçu plusieurs messages menaçants. Il alerte ses parents qui voient alors débouler dix jeunes plus ou moins encagoulés devant leur maison. Quand les jeunes cognent la porte d’entrée, le père du mineur se présente avec son chien. Suffisant pour faire fuir tout le groupe. Cette scène, sans violences physiques, a choqué toute la famille. « C’était une scène de terreur », témoigne la maman, présente comme toutes les autres victimes à l’audience. Encore très affectée par cette insurrection à son domicile, la mère de famille, entre deux respirations, explique avoir eu très peur en voyant une dizaine d’individus, vêtus de noir avec capuches et cache-nez vissés sur le visage. « Ma maison refuge et ma famille ont été attaquées », lâche-t-elle, la voix encore tremblante. Un traumatisme qui laisse encore aujourd’hui beaucoup de séquelles psychologiques. « Combien de temps allons-nous avoir peur, avoir des réminiscences, avoir peur quand on va aller promener notre chien, sursauter quand quelqu’un vient frapper à la porte ? » s’interroge cette maman dont le traumatisme a été estimé à douze jours d’Interruption temporaire de travail (ITT). Son conjoint et leurs enfants ont, eux aussi, été marqués par cet épisode en développant un stress aigu, une hypervigilance estimés aussi à plusieurs jours d’ITT.

Un deuxième assaut va suivre, toujours à Dompierre. Aux alentours de 21 heures. Une scène identique à la première. Les jeunes, toujours remontés pour en découdre, menacent un autre adolescent par message et se rendent chez lui. Ils se présentent au domicile, tambourinent à la porte pour faire sortir le mineur. Mais le père de famille refuse que son fils sorte. Les jeunes s’en prennent alors à la porte en tapant dessus à coups de pied. Une scène qui va durer de longues minutes et qui va, là encore, traumatiser toute une famille. La mère se retrouve avec dix jours d’ITT, le père avec six jours, et les trois enfants avec deux, quatre et dix jours pour celui visé par le commando.

Au fil de la soirée, les esprits sont de plus en plus échauffés. Le commando décide de poursuivre sa folle virée et se rend à La Ferrière au domicile d’un troisième adolescent. Mais cette fois, l’issue va être plus violente. Quand ils arrivent devant la maison du jeune, ce dernier sort et se prend directement deux coups de poing. Le père intervient, se fait bousculer et reçoit un coup dans le nez. La mère et la petite sœur assistent à la scène, choquées par ce qui se passe.

Vidéos :

La bande finit par partir. Pour aller en direction de Falleron où se déroule une fête d’anniversaire et dans laquelle la bande sait qu’elle y trouvera ceux avec qui elle veut régler ses comptes. A 22 h 30, quand ils arrivent, sans réfléchir, ils s’introduisent dans la soirée et se mettent à frapper. L’un d’entre eux a même sorti une batte de baseball et va se mettre à taper tous les objets, tables sur son passage. Sur cette scène, plusieurs jeunes vont être agressés à coups de poing, de pied. D’autres vont être bousculés alors qu’ils essaient de séparer tout ce petit monde.

« Une question d’ego »

Cette nuit-là, ce sont au final quatre scènes violentes ont eu lieu et qui ont fait quinze victimes, toutes choquées « car elles n’ont pas compris ce qui leur arrivait et elles n’ont pas compris pourquoi cela leur arrivait », souligne la juge qui, s’adressant aux deux jeunes majeurs devant elles, cherche à comprendre ce déferlement de violences. « C’était une question d’ego », reconnaît l’un d’eux, qui n’a participé qu’à la scène à Falleron. Quand il a rejoint la bande, « on m’a expliqué pourquoi on allait à Falleron. Je ne connaissais pas les jeunes, mais pendant le trajet, on m’a chauffé. Et sur place, j’y suis allé, j’ai ouvert le garage, j’ai attrapé le premier jeune devant moi et je l’ai frappé », reconnaît-il sans sourciller. « Sur le coup, j’ai pas réfléchi. C’est après que j’ai réalisé la gravité des faits, que ce n’était pas très moral », confesse-t-il.

L’autre jeune majeur, qui a participé à toute l’expédition, « assume aujourd’hui » les faits, alors qu’il avait nié en bloc avoir été présent ce soir-là, couvert par les autres. « On n’a pas voulu le balancer parce qu’il était majeur », admet l’autre prévenu. C’est son téléphone qui l’a finalement trahi, en bornant à chaque adresse. Pour ce prévenu, ce déchaînement de violences s’explique « par l’effet de groupe ».

Pour l’avocat de la partie civile, qui défend les trois familles victimes, « toutes les maisons ont résisté, mais pas leurs habitants. Des parents ont été choqués et des jeunes enfants ont assisté à ces scènes surréalistes ». Des familles traumatisées par une bande « de lâches qui décident d’en découdre à dix contre un. Bravo le courage ». Devant le lourd préjudice moral, il demande entre 5 000 et 10 000 € de dommages et intérêt par chaque membre de ces trois familles. Les trois jeunes molestés à la fête d’anniversaire, présents à l’audience avec leurs mamans, ont demandé entre 1 500 et 2 000 € pour leur préjudice.

« Un mot de travers a suffi pour échauffer ces petits coqs qui pensaient protéger leur ego en y allant et qui l’ont finalement sali », déplore Fiametta Esposito, procureure de la République, qui rappelle que cette « expédition punitive a fait quinze victimes en deux heures ». Elle requiert un an de prison avec sursis probatoire pendant deux ans avec obligations de soin, de travail pour le plus âgé, et six mois avec sursis simple pour l’autre, qui n’a pas participé qu’à une scène de violences.

Le tribunal, au vu du nombre des parties civiles et des demandes de préjudices, a mis son jugement en délibéré au 7 avril.



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here