Emmanuel Macron a présidé ce lundi 17 mars 2025 la quatrième réunion du Conseil de politique nucléaire (CPN), censé assurer le suivi de la relance du nucléaire depuis 2022.
Poursuite des investissements
Le CPN a confirmé la poursuite des investissements dans le programme « Aval du futur » mené par Orano sur le site de La Hague (Manche).
Ce programme comprend notamment l’entreposage des combustibles usés dans une nouvelle piscine installée à La Hague qui devra être mise en service d’ici 2040 afin de répondre aux besoins du parc nucléaire existant puis des EPR2.
Ces installations permettront de garantir un bon fonctionnement du parc, ainsi que la poursuite du retraitement des combustibles dans les meilleures conditions économiques et de sûreté, confortant le leadership de la France dans la maîtrise de l’ensemble des étapes industrielles du cycle de l’uranium
Un enjeu d’attractivité à court, moyen et long terme pour la filière, en attente d’une visibilité nouvelle.
Un an après les annonces de Bruno Le Maire dans le Cotentin, les acteurs du nucléaire attendaient d’entrer pleinement dans une phase plus active.
Un financement principalement porté par EDF
La semaine dernière, encore, le syndicat Sud Orano Recyclage rappelait lors d’une rencontre au ministère de l’Économie qu’à ce stade, il manquait toujours un cadre législatif « clair » à ces communications gouvernementales (faute de PPE), ainsi que du concret sur le financement nécessaire à la phase d’étude et à celui du déploiement du projet.
Pour l’instant, le CNP a validé le principe d’un financement de ce programme principalement porté par EDF, en tant que client futur de ces installations, et d’une gouvernance pilotée par Orano, associant EDF, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et les services de l’État.
Les équipes d’ingénierie d’Orano Projets commencent juste à s’y atteler. À Cherbourg, dans le nouveau bâtiment construit dans la zone des Vindits, une dizaine d’ingénieurs esquissent les premières lignes du projet. Le chiffrage de ce chantier d’importance n’est toujours pas connu.
« Le coût sera forcément équivalent à plusieurs EPR, soit plusieurs milliards d’euros », estimait en début de mois Guillaume Dureau, directeur de l’unité Projets, innovation, recherches et développement et nouvelles activités d’Orano Projets.
Fermer le cycle du combustible
Le Conseil de politique nucléaire a confirmé les orientations permettant d’atteindre la fermeture du cycle du combustible nucléaire dans la deuxième moitié du siècle et relancé un programme de travail en ce sens.
Des développements technologiques importants sont nécessaires pour fabriquer les combustibles à partir de plutonium et d’uranium appauvri, la maîtrise des réacteurs à neutrons rapides ainsi que le retraitement des combustibles
Un moyen de répondre aux besoins en souveraineté énergétique de la France et de résoudre le problème du stockage des déchets nucléaires.
En 2019, alors que la France était en avance sur le nucléaire durable, Emmanuel Macron écartait le projet Astrid. Celui-ci devait ouvrir la voie vers les réacteurs nucléaires dits de quatrième génération, capables d’utiliser des extraits de combustibles usés pour fonctionner. Depuis, d’autres pays se positionnent.
Le Conseil de politique nucléaire demande que les industriels (EDF, Framatome, Orano), le CEA et l’ensemble des acteurs mobilisés sur les neutrons rapides, remettent à l’État un programme de travail et une proposition d’organisation industrielle pour la fin 2025.
« Un plan sur les matières valorisables »
Suite à une demande d’audience, le syndicat majoritaire SUD Orano Recyclage a été reçu jeudi 13 mars 2025 par un conseiller d’Éric Lombard, ministre de l’Économie, des finances et de l’industrie. L’occasion d’évoquer, notamment, la filière du recyclage des combustibles usés et le cycle du combustible dans son ensemble. Et l’Aval du futur.
« Ce projet capital pour la souveraineté énergétique française doit franchir un cap via des engagements forts, concrets, dans un cadre législatif clair et stable », insiste Arnaud Lemaître, délégué syndical de Sud Orano Recyclage.
« Les enjeux actuels et futurs nécessitent d’investir dès maintenant dans le traitement-recyclage en s’engageant dans la construction de nouvelles installations et en développant davantage les filières MOX et Uranium retraitement enrichi (URE) pour mieux valoriser les matières recyclées et assurer l’autonomie énergétique de la France. Un objectif ambitieux serait de fixer un cap et taux minimum de matières recyclées dans les combustibles nucléaires au niveau français et européen. »
Le syndicat plaidait également pour un nouveau modèle de financement pour que les contrats ATR (Accord de Traitement Recyclage) soient signés avec une meilleure rétribution, ainsi qu’une révision de la gouvernance chez EDF et Orano « pour une meilleure dynamique » de la filière nucléaire et une augmentation de capital.
Cette dernière, selon eux, pourrait permettre d’augmenter les capacités minières en apportant des garanties de financement. Le tout associé à un plan de fermeture du cycle, via le développement de la filière de l’uranium enrichi.
« L’absence de fermeture du cycle du combustible et l’absence de développement structuré et capé des filières URE et MOX ne sont plus entendables, assure Hervé Sohier, membre du comité de groupe Orano. L’Aval du futur ne doit pas faire perdre de vue les enjeux actuels de souveraineté énergétique. Un plan français ambitieux sur les matières valorisables est un élément clé au développement de la filière nucléaire en France et en Europe. »
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