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cette maire du Morbihan pousse un cri d’alarme

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Allez-vous représenter dans un an ?

Je ne sais pas. Je me pose des questions.

Pourquoi ?

C’est mon quatrième mandat mais mon premier en tant que maire, et c’est très dur. En devenant maire, tout change. Mon lot quotidien de maire c’est d’être confrontée aux râleurs. Du matin au soir je me fais engueuler, insulter… Je ne vais même plus sur les réseaux sociaux où c’est encore pire.

Notre époque change trop vite. Je ne comprends plus l’être humain. On a senti un changement après le Covid mais là, on est sur une autre ère, ça s’accélère. Il y a encore un an c’était sous l’anonymat des réseaux sociaux, mais maintenant c’est face à face, les gens vous insultent dans la rue.

La semaine dernière je me suis fait agresser verbalement dans la salle d’attente d’un cabinet médical. Je ne peux même plus faire mes courses…

« Mon lot quotidien de maire c’est d’être confrontée aux râleurs. Du matin au soir je me fais engueuler, insulter… »

Que vous reproche-t-on ?

La dernière agression concernait des places de parking qui viennent d’être terminées derrière l’église, mais l’espace vert autour n’est pas encore fini. Il y a de la boue. Cela peut être légitime de se plaindre de cette boue, mais c’est la façon de le dire en insultant qui n’est pas acceptable. On essaie de prioriser les réalisations. L’espace vert sera terminé ensuite, quand la météo le permettra.

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Comment expliquez-vous cette dérive ?

Avant il y avait du respect. La dérive a débuté dans l’enseignement. Les parents se sont mis à débarquer dans les écoles dès que leur enfant était réprimandé pour demander des explications. C’est ensuite apparu dans le milieu de la santé, que je connais bien, avec un manque de respect des secrétaires médicales et aujourd’hui aussi des médecins.

Tous les mercredis, avec mon adjoint aux travaux et le directeur des services techniques, nous faisons des réunions de chantier. Les gens voient qu’on est en réunion mais ils nous interrompent pour nous engueuler. Heureusement tout le monde n’est pas comme ça… Mais ceux qui nous agressent, ça blesse et ça laisse des traces.

Aujourd’hui, vous diriez que vous êtes plus proche de renoncer plutôt que de vous représenter ?

Ça ne dépend pas que de moi en fait. Ça va dépendre des gens qui m’entourent. Si je sens un soutien collectif de mon équipe, je continuerai. Sans équipe, je ne suis rien. Mais je suis aussi dans une situation inconfortable : j’ai perdu mon travail il y a un an car je ne pouvais plus consacrer assez de temps à mon employeur. J’ai dû faire un choix douloureux. Donc je suis au chômage et je cherche du travail. Quand on est maire, on a des heures de délégation qui sont compensées par des indemnités. Mais elles sont très faibles.

C’est-à-dire ?

En tant que maire d’une commune entre 5 000 et 10 000 habitants (6 500 à Baud) je touche 1 500 €. Ça ne compense pas mon salaire, je suis perdante financièrement. Les gens ne se rendent pas compte du sacrifice que l’on doit faire. C’est un sacerdoce d’être maire, ce sont des journées de dingues. Et je gagne moins que beaucoup d’employés de ma mairie. Il n’y a pas beaucoup de chefs d’entreprise qui accepteraient de gagner moins que leurs salariés.

La raison aurait voulu que je démissionne pour conserver mon travail mais je voulais respecter mon engagement à la mairie. Les gens ne se rendent pas compte des sacrifices et du temps qu’on passe dans cette mission. C’est un véritable sacerdoce.

Et on se sent seul : on n’a personne pour nous coacher. Et c’est à nous de coacher, sans formation, on apprend tout sur le tas, il faut intégrer la réglementation territoriale… Il faut être manager, technicien, financier, négociateur…

« En Allemagne, quand vous êtes maire vous devenez fonctionnaire le temps de votre mandat. Vous avez un salaire, une protection sociale, vous cotisez à la retraite. »

Comment pourrait-on améliorer les choses ?

Déjà, il faudrait un vrai statut de l’élu local. En Allemagne, par exemple, quand vous êtes maire vous devenez fonctionnaire le temps de votre mandat. Vous avez un salaire, une protection sociale, vous cotisez à la retraite.

En France, au contraire des députés, les maires des petites communes n’ont pas de système de retraite. Si je ne retrouve pas du travail, j’aurai un trou dans ma carrière. Ce statut, c’est un dossier que l’on tente de mener avec l’AMF et les parlementaires.

Vous aviez parlé d’un mépris de Paris pour les petits élus communaux lors de la dissolution…

Il y a un fossé entre Paris et nous alors que c’est localement qu’on arrive à trouver des solutions. On l’a bien vu au moment du Covid, c’est nous qui nous sommes dépatouillés pour gérer la crise. Ce que l’on veut, c’est du soutien.

Regardez la prime Rénov, par exemple : les règles changent tous les quatre matins. On a à peine commencé à comprendre le mécanisme et les « ficelles » du dispositif que ça change. Les gens viennent nous voir, on monte le projet avec eux. Ensuite ils doivent aller voir la banque, trouver des artisans… Et quand ils sont prêts, tout a changé. C’est comme ça pour beaucoup de choses. On empile les lois les unes sur les autres et on n’écrème pas. Tout devient complexe.

Vous n’avez pas que des regrets tout de même ?

Évidemment non. Je suis fière de ce que nous avons réalisé. La rénovation du centre-ville en cours par exemple. Même si ça provoque des crispations. La création du pôle santé avec l’arrivée de médecins spécialistes à Baud était un vrai défi ; c’est chose faite.

Je prends du plaisir à faire ce job et si je devais arrêter ce serait un déchirement. Et je ne suis pas là pour gagner des élections. Je suis là pour monter et mener des projets. Je ne suis pas une disou, je suis une faizou ! C’est pourquoi j’ai peur pour l’avenir.

Pourquoi ?

Sur ce mandat, on n’a jamais autant investi tout en ayant des finances excellentes. Car plus on investit et plus on touche des fonds de compensation pour la TVA (un prélèvement sur les recettes de l’État dans le but de contribuer financièrement aux investissements des collectivités territoriales, N.D.L.R.) et puis on a fait un gros travail pour aller chercher des subventions.

Mais le problème c’est que si demain, être maire c’est simplement gérer les affaires courantes, ce n’est pas pour moi. Les agents et les DGS (directeur des services généraux) sont là pour ça. Donc s’il n’y a plus de financements pour monter des projets, quel intérêt ? C’est dramatique pour les communes.

« Bien que nous devons aider à réduire la dette abyssale de la France, il faut que chacun participe, mais dans des proportions acceptables ».

Vous êtes pessimiste ?

Avec les restrictions budgétaires, en 2025, le département, qui est notre principal financeur, coupe tous les robinets. Après c’est 2026, année électorale, donc rien ne se passe, tout est gelé. Le temps ensuite que les équipes se mettent en place, comprennent la mécanique des collectivités territoriales, on arrive en 2027 et 2028. Les premiers projets vont réellement sortir en 2029… Cinq ans sans que rien ne se passe.

70 % du carnet de commandes du BTP, ce sont les collectivités territoriales ! Il va y avoir de la casse. Bien sûr que nous devons aider à réduire la dette abyssale de la France, il faut que chacun participe, mais dans des proportions acceptables. Là, on nous coupe tous les membres d’un coup et sans explications de texte. À Baud, comme on a des finances très saines ; on a décidé de maintenir et développer nos projets. Mais si on n’avait pas les moyens, je ne sais pas comment on ferait.

Dans beaucoup de communes, il n’y aura qu’une seule liste, faute de volontaires…

Mais même faire une seule liste va devenir difficile ! Quand j’ai constitué mon équipe, je ne leur ai pas vendu ça. Je leur ai vendu une aventure passionnante. Mais j’ai l’impression de leur avoir menti. J’ai une super équipe et des adjoints formidables qui sont là tous les jours, prennent les dossiers à bras-le-corps. Car ils sont retraités. Mais des élus comme moi, en activité, on risque de ne plus en avoir. Et c’est dommage.



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