Poursuivi pour détention d’armes sans déclaration et menaces de mort à l’encontre de trois de ses collègues de la majorité (Annabelle Garand et Laurence Briand, adjointes, et Nicolas Appert, conseiller municipal), Pascal Mabit avait été relaxé le 19 décembre 2023 par le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Le ministère public avait fait appel. L’affaire a été rejugée le 27 janvier dernier 2025 devant la cour d’appel de Rennes qui a rendu son arrêt fin février. C’est l’abattage d’un arbre qui a envenimé les relations au sein de l’équipe de Franck Louvrier, le maire de La Baule.
Parce qu’il gênait la terrasse du bar-PMU de l’avenue Lajarrige, le propriétaire a demandé son enlèvement. Ce qui lui a été refusé par la mairie.
« Des menottes, à genoux, et du béton… »
Le soir du 31 décembre 2022, Pascal Mabit s’est chargé lui-même de découper « l’arbrisseau » comme en a témoigné la caméra de vidéo- surveillance.
Dès janvier, Annabelle Garand, en charge de l’environnement, et d’autres adjoints ont demandé sa démission à Franck Louvrier qui l’a refusée. Mais une amende de 2 500 € lui a été infligée. Ce qui n’a pas calmé les esprits.
Lors du cocktail d’après conseil municipal, le 31 mars suivant, Pascal Mabit aurait déclaré à Laurence Briand :
« Je te répète ce que je viens de dire à Nicolas [Appert], on serait en Corse avec mes amis, son sort serait réglé : des menottes, à genoux, et du béton, le tout dans un bidon et au fond de l’eau. »
Et en pointant l’élue « avec deux doigts en formant un pistolet à 2 cm de sa peau », il lui aurait dit : « Toi, tu es une Iscariote (synonyme de traître, référence au nom de famille de Judas qui a vendu Jésus pour trente pièces d’argent -NDLR-) et les Iscariotes, cela finit aussi au fond de l’eau. »
Perquisition et garde à vue
Nouvel épisode le 26 mai suivant : Pascal Mabit prend la parole au conseil municipal pour dire qu’il est « victime d’incivilités » : « J’ai eu du crottin de cheval dans ma boîte à lettres, des crottes de chien sur ma pelouse. Je ne ferais pas appel à la police. Étant chasseur, je dispose d’armes, il ne faut pas continuer à m’emmerder. »
Annabelle Garand, Laurence Briand et Nicolas Appert se sentent menacés. Après la séance, l’auteur des propos aurait reconnu à un habitant venu assister au conseil que c’étaient bien « les Iscariotes » de la majorité municipale qui étaient visés.
Dans les jours qui suivent, les trois élus déposent plainte au commissariat de La Baule.
» Franc-parler «
Le 4 juillet, Pascal Mabit est interpellé à son domicile où une perquisition est effectuée. Il est placé en garde à vue et placé sous contrôle judiciaire. Le 8 juillet, il démissionne du conseil municipal.
Pour sa défense et durant la procédure, Pascal Mabit a plaidé que ses propos du 26 mai ne visaient personne, et les autres auraient été mal interprétés par les plaignants.
Le 27 janvier dernier, devant la cour d’appel, Pascal Mabit a reconnu qu’il s’était « cru au-dessus des lois » à propos de l’abattage de l’arbre mais qu’il avait réglé l’amende depuis.
Il a soutenu que victime de son « franc-parler », on lui « en voulait » et souligné que « le maire, lui, ne lui avait jamais adressé aucun reproche ». Il a affirmé que l’habitant venu assister au conseil aurait menti lorsqu’il a été entendu. Sans convaincre les magistrats rennais.
« Comportement insupportable »
« Les faits commis sont d’une gravité certaine et ne sauraient être qualifiés de ‘paroles en l’air’ alors que Pascal Mabit avait récemment démontré une impulsivité certaine en abattant lui-même un arbre […]», écrit la cour dans son arrêt qui note « la difficulté » du prévenu « à se remettre en question ».
Comme le demandait le ministère public, il a été condamné à quatre mois de prison avec sursis.
Les magistrats ont d’autre part ordonné la confiscation des armes saisies chez lui lors de la perquisition (trois carabines et deux fusils) « compte tenu du caractère particulièrement inquiétant des propos » tenus lors du conseil municipal du 26 mai 2023.
Son « comportement insupportable » a occasionné « un préjudice moral incontestable qui sera réparé par l’allocation d’une somme de 500 € à chacune des trois parties civiles », a fixé la cour.
Le prévenu devra aussi vers 800 € à chacune des victimes au titre des frais de justice.
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