C’est l’un des rares candidats officiellement déclarés pour la course à la mairie de Lyon pour les municipales 2026 avec le maire sortant Grégory Doucet ou encore le citoyen Edouard Hoffmann. L’ancien maire macroniste de Lyon (2018-2019) Georges Képénékian, qui a échoué lors des municipales de 2020, retente sa chance six ans plus tard. Le candidat qui se déclare désormais « sans étiquette » accorde une grande interview à actu Lyon. Ambitions, bilan de Grégory Doucet, possible candidature de Jean-Michel Aulas… il répond.
« Il n’y a pas beaucoup d’autres choix face à Grégory Doucet »
Actu : Vous avez annoncé début février votre candidature à la mairie de Lyon pour les municipales 2026. Vous avez déjà été candidat en 2020. Pourquoi y retourner ?
Georges Képénékian : Soit je restais les bras croisés et j’allais cultiver mon jardin, soit je me relançais pour m’engager pour la cité. L’idée n’était pas d’annoncer une candidature pour être candidat dans une primaire. Je veux nourrir cette dynamique avec les citoyens qui s’engagent. Fort de mes expériences vécues, des retours des gens que je croise, j’ai décidé de me lancer. Il n’y a pas beaucoup d’autres choix face à Grégory Doucet, peut-être une candidature de droite — plutôt Pierre Oliver que d’autres — et un bloc central qui n’a pas de candidat.
J’ai lancé un appel, si on ne lance pas de candidature les gens ont du mal à vous situer.
« Je tire un bilan mitigé des élus écologistes à Lyon »
Vous reprochez aux écologistes d’avoir créé des fractures, notamment sur les questions de mobilité : quel regard portez-vous sur leur bilan ?
GK : Je tire un bilan mitigé. Je pense qu’aujourd’hui, le problème de l’écologie politique en général, c’est qu’elle est tellement soucieuse de la transition climatique qu’elle n’embarque pas tout le monde. La manière dont elle est gérée sépare les gens. Les conséquences sociales de cette politique sont négatives, c’est mal calculé sur l’ensemble de nos concitoyens. On ne peut pas uniquement s’occuper des premiers de cordée.
Vous avez des exemples concrets à nous citer à Lyon ?
GK : La Zone à faibles émissions (ZFE), c’est une décision nationale mal calculée. Lyon n’est pas la seule ville qui supprime la place de la voiture. Je suis allé à Copenhague pendant mes mandats, ville qui est pensée pour le vélo : il y a encore 30% de voitures, mais c’est bien pensé !
« Doucet et Bernard ont largement freiné la dynamique économique »
Quels sont les sujets prioritaires à revoir à Lyon en cas d’élection, selon vous ?
GK : La vision globale de la ville : logement et emploi. Sur l’emploi, on avait un entrepreneuriat très actif à Lyon, mais il est en train de fléchir. Les écologistes ont aussi bloqué un certain nombre de permis de construire. On n’a jamais aussi peu construit à Lyon depuis 20 ans ! Il y a un effet de retard. Beaucoup d’entreprises pensent que c’est devenu compliqué de travailler à Lyon…
Le mot « entreprise » n’est pas dans le vocabulaire habituel de Grégory Doucet. On a réussi à faire venir l’Académie de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il y a eu énormément d’investissement du secteur de la santé à Lyon… Mais si on ne fédère pas et on ne stimule pas ce secteur, ça s’arrête.
Grégory Doucet et Bruno Bernard ont largement freiné la dynamique économique mise en place. Ils dénoncent la croissance.
Un candidat sans étiquette politique « jusqu’au bout »
Vous vous lancez « sans étiquette » : c’est possible dans une grande ville comme Lyon ? Vous vous situez où sur l’échiquier politique ?
GK : Je ne suis pas au-dessus ou en dehors des partis qui sont là. Sur beaucoup de sujets, comme le logement, ni la droite, ni la gauche ne peuvent avoir des solutions définitives. Je veux faire converger les idées.
Jusqu’au bout, vous serez un candidat sans étiquette ?
GK : Oui, jusqu’au bout, même si je n’aime pas ce terme « sans étiquette », je dirais « pas partisan ».
« Je vais d’abord écouter les gens » pour construire un programme
Vous pensez aujourd’hui que le macronisme est devenu si « radioactif » en 2025 qu’il ne faut plus s’en revendiquer pour gagner une élection ?
GK : J’ai quitté le PS, j’ai cru à une jambe gauche [de LREM, NDLR], j’ai quitté les Macronistes après la dissolution. Je pense que le problème, c’est qu’Emmanuel Macron n’a jamais voulu organiser son mouvement, ça ne l’intéresse pas. Il gère ça de haut, donc l’implantation locale a échoué, c’est une fiction. Il ne faut pas que faire du casting !
À Lyon, il y a encore deux blocs d’électeurs : un électorat pro Raphaël Glucksmann et un électorat pro Emmanuel Macron. C’est autour de ça qu’il faut construire. Nous sommes à un moment des élections municipales où les partis politiques se régénèrent avec une sociologie de la ville qui a gravement changé. Il faut intégrer ce changement.
Vous avez été maire « intérimaire » de Lyon pendant un an. À quoi cela pourrait vous servir alors que tout a changé, comme vous le dites ?
GK : Je n’ai même pas considéré que j’ai été maire. Vous savez, j’ai été convoqué par un juge pour une possible mise en examen pour les affaires des heures supplémentaires à la Ville de Lyon. Je suis convoqué parce que j’ai été maire pendant la période concernée. Je me retrouve là alors que je suis aux antipodes de l’affaire.
Il me dit : « Quand vous êtes devenu maire, vous vous êtes installé dans le fauteuil. » Je ne me suis jamais installé dans ce fauteuil ! Je ne me considérais pas comme un maire de plein droit. J’ai compris qu’être maire ne s’improvise pas.
Quelles sont vos premières propositions pour Lyon ?
GK : Je vais d’abord écouter les gens. J’ai fixé des priorités : habitat, emploi, mobilités, fluidité dans la ville, santé globale. Le programme se rédigera à l’automne 2025. Je ne veux pas construire ça avec des experts chacun dans leur coin.

« J’y réfléchirai à deux fois » à être candidat en cas de mise en examen
Vous êtes toujours sous le statut de témoin assisté dans l’affaire d’un possible emploi fictif de l’ex-épouse de Gérard Collomb et des heures supplémentaires à la mairie de Lyon ?
GK : Oui. À la fin de l’audition chez le juge, on m’a donné ce statut de témoin assisté.
Vous craignez une mise en examen dans cette affaire ?
GK : Quand on va devant la justice, on a beau avoir vraiment confiance en la justice, oui. Fin août, je reçois la lettre, je suis tombé du mur !
Si vous êtes mis en examen, vous partez quand même en campagne jusqu’aux municipales de 2026 ?
GK : Ah bah non… (se reprend). Je n’en sais rien.
Vous ne partez donc pas en campagne en cas de mise en examen dans cette affaire ?
GK : Cela serait un problème. Mais je pense qu’aujourd’hui, le problème, ce n’est pas la mise en examen, c’est le procès où je peux être convoqué comme témoin assisté. Le juge a mis en examen quelqu’un d’autre. Sur ce sujet, c’est difficile comme question, je ne me la suis pas posée. J’y réfléchirai à deux fois.
« Les écologistes ont appliqué une partie de mon programme »
Dans votre programme de 2020, vous portiez plus de végétalisation, des cours d’écoles végétalisées, retoucher la Part-Dieu que vous jugiez trop minérale, 100% bio dans les cantines, le 30 km/h. C’est ce qu’on fait Grégory Doucet et Bruno Bernard…
GK : Bon, nous avions commencé avant eux. Ils ont appliqué une partie de mon programme, mais ils n’ont pas embarqué tout le monde ! Je suis d’accord avec ce qu’ils font, je ne suis pas d’accord avec leur méthode. Une fois qu’ils ont fait leur projet sur les pistes cyclables, on ne va pas pouvoir en faire plus sur Lyon. Sur les transports en commun, on se préoccupe plutôt de la périphérie et dans Lyon, on est limités : il manque des transports (lignes de bus, tramways et le métro E) !
Pour l’abandon du projet de métro E, on nous explique que les habitants ne veulent pas de densité dans l’ouest lyonnais. Mais il faut développer la ville, c’est un projet sur 10-15 ans ! Est-ce qu’on veut développer la ville ou pas ? Lyon va passer 4e ville de France. Symboliquement ça dit quelque chose…
Vous aviez proposé en 2020 pour la Guillotière la destruction de l’immeuble du Clip, le déménagement du tramway T1 sur les quais du Rhône, une coulée verte des Halles Paul Bocuse à l’Université sur les quais… C’est toujours d’actualité ?
GK : Voilà un problème complexe : régler les problèmes du quartier Guillotière qui génèrent des problèmes. On ne réglera pas cela avec trop de fermeté ou le fait d’être laxiste. Il y a aussi les questions d’urbanisme même si ça ne règle pas tout. Je suis toujours pour détruire cet immeuble à la Guillotière.
Vous ne craignez pas que votre programme soit trop proche de celui des écologistes ?
GK : Ils sont très proches du programme que j’avais proposé, quand on regarde leur pré-programme en 2020 et ce qu’il est devenu. Personne n’est propriétaire des idées qu’il défend. Que faut-il pour cette ville à l’horizon 2050 ? La question climatique est majeure, mais on se différencie de l’équipe actuelle. On peut expliquer aux Lyonnais ce qu’on peut faire autrement de l’équipe actuelle. Bien sûr que les gens râlent, mais c’était pareil pour virer les bagnoles des quais du Rhône sous Gérard Collomb…

« J’ai vraiment cru qu’il y avait quelque chose à faire » avec les écologistes
D’ailleurs, en 2020, pour le second tour, vous aviez discuté d’une alliance avec Grégory Doucet. Les négociations ont échoué. Le maire s’est tourné vers la gauche (PS, LFI…). Vous regrettez aujourd’hui de ne pas avoir pu faire cette alliance ?
GK : Je pense que c’est lui qui peut le regretter. J’ai vraiment cru qu’il y avait quelque chose à faire (avec les écologistes). Il n’osait plus me rappeler quand il a dit qu’il n’y aurait pas de suite. Il m’avait dit « même si je suis d’accord, Paris ne m’aurait pas laissé faire ! ».
En arrivant aux affaires, ils ont eu une forme d’immaturité politique. Même Gérard Collomb en 2001 a gardé des personnes déjà installées. Pas eux.
« Je ne ferai pas de binôme Ville-Métropole pour la campagne »
Vous êtes candidat à la mairie. Mais il y a surtout une élection pour la Métropole en même temps. En 2020, vous aviez fait équipe avec David Kimelfeld. Aujourd’hui, vous le jugez « illisible »…
GK : J’ai démenti au principal intéressé pour lui dire que je n’ai pas dit ça comme ça. Mais la vérité, c’est que je ne ferai pas de binôme Ville-Métropole pour la campagne. Je pense que la Ville a besoin de définir son propre cahier des charges. Elle a 900 millions d’euros de budget annuel, ses propres compétences. Il y a besoin d’avoir un cadre de ce qu’on attend de la Métropole au nom des Lyonnais, comme Villeurbanne ou Couzon qui ont leurs « revendications ». Je composerai avec le président de la Métropole.
Aujourd’hui, la Ville de Lyon n’est pas défendue à la Métropole parce que Grégory Doucet considère qu’il est du même camp politique que Bruno Bernard. Ils n’ont pas besoin de débattre. Le maire de Lyon prend exceptionnellement la parole à la Métropole. Cela ne marche pas vraiment…

Jean-Michel Aulas « a envie de faire quelque chose pour sa ville »
Jean-Michel Aulas laisse entendre qu’il pourrait être candidat à la mairie de Lyon en 2026. Vous en pensez quoi ?
GK : C’est la réussite du football dans la ville, mais aussi, c’est Cegid, l’entreprise qu’il a fondé. Il a participé à la richesse de Lyon.
J’ai passé récemment un moment avec lui, il a envie de faire quelque chose pour sa ville et il a un peu de temps. Il est intéressé et considère qu’il y a beaucoup de gens qui lui disent d’y aller. Je pense qu’il est très lucide. Ce n’est pas parce qu’on est au sommet de la notoriété que ça se transforme en bulletin de vote. C’est plus complexe. Il faut 220 personnes sur les neuf listes des arrondissements.
Qu’est-ce que vous vous êtes dit lors de votre rendez-vous ?
GK : On se connaît depuis longtemps. D’abord, l’échange est très respectueux, on a parlé de ce qu’il veut faire, de la manière dont il aborde. Il voit tout le monde, y compris à Paris, à la Métropole. Il n’est pas encore sur le projet, il dénonce surtout les embouteillages et les difficultés. Jean-Michel Aulas est en colère. Il est plus en réaction qu’en proposition.
Vous appelez Jean-Michel Aulas à vous rejoindre ?
GK : Et puis je pourrai lui proposer d’être adjoint aux sports ? Non, non. On se respecte dans nos démarches. Je pense qu’il aura du mal, il ne fera pas sans étiquette. Je ne veux pas l’enfermer, mais il a plus vu des gens à droite, comme Pierre Oliver. Pas les Verts ou les socialistes…
Il ne vient pas là pour distribuer les citrons. Mais je ne sais pas s’il va être candidat. Il ne m’a pas dit à ce stade qu’il sera candidat, il attend aussi des résultats de sondages…
Propos recueillis par Julien Damboise, Ludivine Caporal, Anthony Soudani et Nicolas Zaugra
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