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la surveillante dénonce un coup monté

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Elle devait initialement être jugée le 23 janvier 2025, mais l’audience avait été renvoyée à la demande de l’avocate d’un des deux autres prévenus. La surveillante au centre pénitentiaire d’Annœullin (Nord) a comparu devant le tribunal de Lille vendredi 7 mars. Par le biais de manœuvres facilitées par sa fonction, il lui est reproché d’avoir détenu, transporté et vendu des stupéfiants à des détenus. La femme de 34 ans est également poursuivie pour communication non autorisée avec des détenus sur les réseaux sociaux. Deux hommes, emprisonnés à Annœullin à l’époque, sont également prévenus dans cette affaire et sont accusés d’avoir bénéficié de son aide afin de consommer du cannabis. Enfin, des affaires de relations sexuelles ont été dénoncées.

« Tout est mis sur mon dos, il faut poser les bonnes questions aux bonnes personnes »

Le 21 mars 2024, la directrice du centre pénitentiaire d’Annœullin avait envoyé un courrier au procureur de la République, suspectant une surveillante d’avoir un « comportement inadapté » avec les détenus depuis la prise de ses fonctions en 2021. En effet, des surveillants et des détenus dénoncent depuis plusieurs mois, un « trafic d’objets moyennant finances » et des avances à caractère sexuel de la part d’une surveillante pénitentiaire. Certains détenus disent même discuter avec Inès* sur les réseaux sociaux, où elle leur enverrait des « photos dénudées ».

Grâce à ces témoignages, la directrice de la prison récolte des preuves et remet à la police en décembre 2024 une clé USB contenant des conversations écrites et vocales sur Snapchat, entre les détenus et la jeune surveillante de 34 ans.

En parallèle, le 26 août 2024, un détenu en permission de sortie est contrôlé par la police municipale de Croix (Nord). Ce dernier est fortement alcoolisé et détient du cannabis sur lui. Sous l’effet désinhibant de l’alcool, il avoue aux policiers s’être procuré la drogue grâce à une surveillante du centre pénitentiaire d’Annœullin. Le détenu de 33 ans leur montre une vidéo sur laquelle on voit la femme lui donner le cannabis. Les policiers reconnaissent formellement Inès*.

Au tribunal de Lille, la surveillante pénitentiaire ne cesse de clamer son innocence et se sent complètement démunie : « Je suis en train de vivre un cauchemar ! »

Inès* accuse une collègue avec qui elle avait des différends de « monter ses collègues et les détenus » contre elle : « Tout est mis sur mon dos, il faut poser les bonnes questions aux bonnes personnes. »

La jeune femme maintient avoir eu des « rapports classiques et professionnels » avec les détenus, pourtant tout semble l’accabler. En effet, un détenu affirme avoir eu une relation sexuelle avec elle. La police a également découvert lors des écoutes des conversations vocales sur Snapchat, qu’un autre détenu révèle s’être « senti obligé de subir une fellation ».

Pour la procureure c’en est trop : « Imaginons deux secondes qu’il s’agit d’un surveillant dans le quartier femme ! », s’emporte-t-elle.

Sur fond de problème d’alcool

Si Inès* reconnaît avoir discuté avec une personne sur Snapchat, elle maintient qu’il s’agissait d’une femme blonde et ignorait que c’était en fait un détenu de la prison d’Annœullin. Pourtant, lors de sa première audition, la surveillante pénitentiaire de 34 ans a avoué avoir échangé des messages et s’être confiée à un détenu « un soir ou deux ». Inès* avait également déclaré être « complètement dépassée » par ses problèmes d’alcool : « Je sombrais dans l’ivresse pour essayer de tenir ». « J’ai fait n’importe quoi. J’étais défoncée et j’ai fait une erreur. Je ne suis pas quelqu’un de stable », avait-elle avoué aux policiers. Des propos qu’elle ne reconnaît pas au tribunal.

Les deux autres prévenus – dont un comparaît libre – étaient à l’époque des faits présumés, entre le 1er janvier et le 9 décembre 2024, codétenus à la prison d’Annœullin. Le premier a 33 ans, trois enfants, et a depuis retrouvé un emploi en cuisine. Le second est âgé de 30 ans, et n’a pas d’enfant. Ils sont tous deux poursuivis pour trafic de stupéfiants en détention.

En effet, 124 grammes de résine de cannabis et des téléphones portables avaient été retrouvés dans leur cellule. Ils disent n’avoir jamais vu Inès*.

« L’incarcération m’a détruite psychologiquement et professionnellement »

Devant le président, l’ancienne surveillante, pour l’heure naturellement suspendue de ses fonctions, a fait part de sa détresse suite à son incarcération à la prison de Beauvais, entre le 12 décembre et le 14 janvier. « Je suis choquée, traumatisée. L’incarcération m’a détruite psychologiquement et professionnellement.”, déclare-t-elle en pleurs. Placée à l’isolement à la prison de Beauvais, la jeune femme de 34 ans est visiblement affectée par ses semaines passées en détention. « Les seules personnes que je voyais, c’étaient mes surveillants et l’infirmière », déplore-t-elle, au tribunal de Lille.

Les accusations qui pèsent sur elle semblent avoir considérablement dégradé sa santé mentale : « Je n’ai vu ni médecin généraliste, ni psychologue, ni psychiatre ».

Inès* se dit aujourd’hui « complètement abattue » par « le combat qu’elle mène » et envisage une reconversion professionnelle.

La procureure évoque un « dossier un peu triste sur ce qui se passe en détention » et rappelle que le trafic de stupéfiants « génère énormément de tensions et d’incidents ».

Quatre ans d’emprisonnement requis dont 2 fermes

Selon elle, il existe de « nombreux éléments prouvant la culpabilité » de la surveillante pénitentiaire, malgré les contestations de cette dernière. La procureure décrit un « comportement absolument intolérable ». « C’est sidérant qu’une femme s’autorise ces agissements avec des détenus vulnérables ! », s’indigne-t-elle.

Afin de sanctionner ces faits d’une « véritable gravité », elle requiert quatre ans d’emprisonnement, dont deux ans fermes. Deux ans et dix-huit mois d’emprisonnement sont requis pour les deux autres prévenus.

Par Zoé Hondt

*Le prénom a été changé



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