À Cahors, quatre hommes ont été jugés pour avoir installé un laboratoire de culture de cannabis, procédé à un enlèvement suivi de séquestration, dans le cadre d’un trafic de stupéfiants. Mais trois d’entre eux ont disparu dans la nature. Un seul a comparu, et ses explications ne semblent pas avoir convaincu le tribunal…
« Arrestation, enlèvement, séquestration, détention non autorisée et usage illicite de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants… » telle est la liste des incriminations, auxquelles quatre hommes, âgés de 26 ans à 34 ans, sont appelés à répondre devant le tribunal correctionnel de Cahors, jeudi 27 février. Or, sur les quatre prévenus, un seul se présente, conduit sous escorte policière, depuis la Maison d’arrêt où il est incarcéré depuis plusieurs mois. Quant aux trois autres, ils se sont évanouis dans la nature, sans laisser d’adresse : mystère et boule de gomme. Deux d’entre eux sont natifs de Cahors. Apparemment tous les quatre grenouillaient ensemble dans le milieu des stupéfiants.
Le président Olivier Bataillé laisse la parole à Michel Huyette, juge rapporteur, pour présenter le dossier.
Un laboratoire clandestin installé à Bellefont-la-Rauze
Les faits remontent à 2021. Dans un premier temps, il est question de l’enlèvement d’un certain M. qui a été violenté et séquestré, parce qu’il ne répondait pas aux attentes des trois autres. À des degrés divers, les quatre hommes sont impliqués dans l’installation d’un laboratoire de culture de cannabis, dans une habitation située sur les hauteurs de Bellefont-la-Rauze, au lieu-dit « Sainte Marguerite »… L’un des individus avait obtenu un logement à bas prix, moyennant menus services, dans une habitation appartenant à une personne âgée, en fin de vie, logeant pour sa part dans une maison en vis-à-vis. Cette dame, aujourd’hui décédée, avait consenti cette location « pour se sentir moins seule ». Or, à son insu, les quatre malfrats ont pris le parti d’installer dans le salon, un laboratoire bien particulier.
Lorsque les enquêteurs de la police nationale de Cahors, ont découvert cette microentreprise, ils ont mis la main sur toute la panoplie du parfait producteur agricole, comptant des lampes, des tables de culture, un système de régulation de la température… qui n’étaient pas destinés à des expérimentations à caractère scientifique, mais bel et bien à la culture du cannabis. Des prélèvements de mégots notamment sont effectués, qui permettront aux experts en criminalité, de remonter aux quatre individus, déjà défavorablement connus de la police et de la justice.
Des preuves accablantes et des justifications douteuses
En l’absence des trois autres protagonistes, les explications du prévenu se retrouvant seul dans le box des accusés, restent floues. Le bonhomme réussit en deux phrases, à formuler une version des faits et son contraire. Comme à l’habitude, en pareils cas de figure, les réponses aux questions du tribunal restent évasives, avec une facilité déconcertante à reporter la faute sur les anciens compagnons d’infortune… On croirait même par moments, qu’il ne s’est rien passé d’anormal et que l’on serait peut-être en présence d’une erreur judiciaire. Par exemple lors des interpellations, l’un des quatre lascars a pu soutenir que si l’on avait retrouvé ses traces ADN sur du matériel installé à Sainte Marguerite, « c’est peut-être que celles-ci avaient été transportées par le vent sur les habits du collègue »… Mais voyons ! Et si un mégot correspondant à l’ADN de l’un des quatre individus a été découvert dans le cendrier de cette même habitation de Sainte Marguerite, « c’est sûrement qu’il était dans la boîte à outils et qu’après coup quelqu’un l’aurait déposé dans le cendrier ». Face à la justice, le mis en cause fait preuve d’une imagination débordante. Mais le tribunal se fait tout de même sa petite idée sur l’affaire.
– « Et tout ce matériel, que vous avez installé, à quoi devait-il servir ? » demande le juge.
– « Je ne savais pas que c’était pour faire pousser de la beu (cannabis) ! » répond droit dans ses bottes M., qui ne se prive pas en revanche de confirmer la présence des trois autres dans cette galère.
Les quatre prévenus jouissent d’un casier judiciaire passablement garni, où s’entremêlent des condamnations pour vol, trafic de drogue et violence…
– « Je ne recommencerai pas, cette fois-ci c’est la dernière fois. Je veux voir grandir mes enfants ! » implore M., juste avant la prise de parole de Narjisse Vallat, Substitute de la Procureure de la République du Lot.
« Dans ce dossier, nous avons affaire à une séquestration et un trafic de stupéfiants. Tous les 4 prévenus sont impliqués dans l’installation de ce laboratoire à Bellefont-la-Rauze. Et après la saisie du matériel par la police nationale de Cahors, trois d’entre eux se retournent vers le quatrième, pour lui demander de rembourser les 20 000 € qui ont été investis pour l’achat des appareils. Quant à celui qui a cherché à fuir « ses créanciers », il s’est fait kidnapper puis a été séquestré dans une cave. Brutalisé, il a dû faire l’objet d’une hospitalisation » insiste la magistrate. Elle fait état de 1 600 € en liquide, de cannabis et de cocaïne retrouvés dans le local du laboratoire. Mme Vallat passe en revue le casier judiciaire des quatre protagonistes et détaille les implications de chacun, tel qu’il ressort des investigations menées par les enquêteurs. Puis elle égrène les peines requises, allant d’un an de prison ferme à 3 ans de prison ferme.
Des peines de prison ferme et mandats d’arrêt
Après en avoir délibéré, le tribunal a suivi les réquisitions du Ministère public, en portant toutefois à 2 ans de prison la peine la plus faible et en maintenant à 3 ans de prison ferme, la peine la plus élevée. Pour les trois prévenus absents à la barre, il est prononcé un mandat d’arrêt à leur encontre.
Pas content de son sort, le prévenu présent à l’audience maugrée en faisant part de son intention de faire appel.
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