« Il me massait les seins alors que je venais pour du psoriasis sur les jambes… J’étais tétanisée, j’avais peur qu’il me viole. » Les témoignages sont glaçants et proviennent de nombreuses victimes de cet ex-magnétiseur basé à Blain (Loire-Atlantique). Ce dernier a été jugé mardi 4 mars 2025 pour des faits qui se sont étalés sur une période de trois ans. Les victimes se comptent par dizaines…
Blain : le magnétiseur agressait ses patientes
Les nombreuses victimes qui, entre 2015 et 2017, âgées de 25 à 84 ans, venaient pour une dépression, un cancer ou une douleur d’épaule n’ont pas eu le bénéfice espéré de leur séance de magnétisme. Bien au contraire. Certaines ont même déclaré « être en semi-hypnose ».
La présidente du tribunal correctionnel de Saint-Nazaire l’a martelé lorsque le prévenu lui faisait face, le mardi 4 mars 2025. « Un magnétiseur ne touche pas, il ne fait pas de massage. Vous les faisiez mettre nues, votre sexe était toujours en érection, pourquoi avoir agi ainsi ? »
Il a été agressé sexuellement dans son enfance
Pendant une instruction de plus de trois heures, le prévenu – reconnu depuis adulte handicapé par une maladie – a parfois souri, voire ri ou pleuré, répétant « avoir dérapé sans savoir pourquoi ». Il a avancé que lui-même avait subi des agressions sexuelles dans son enfance.
Son grand-père, ayant décelé en lui des dons de sourcier, c’est en 2010, à 44 ans, qu’il a décidé de mettre ce don « au service de gens qui souffraient pour leur faire du bien. J’ai toujours été bon. » Magnétiseur, il a décidé de faire trois ans d’études pour pratiquer l’acupuncture.
La présidente s’est insurgée. « Pour être acupuncteur, il faut d’abord un diplôme de médecin, ce n’est pas votre cas ! » Il avait en effet entendu dire cela, mais n’en avait pas tenu compte après sa formation.
Les victimes témoignent
Me Yves Honhon représentait la famille de la plus âgée des prévenues, décédée il y a deux ans. « Elle a été entendue à 86 ans. Lorsqu’elle a quitté le cabinet, cette femme n’a pas pu parler à l’homme qui partageait sa vie depuis 58 ans, elle est restée mutique pendant une semaine. » Apparemment seule à avoir subi une pénétration digitale, elle – comme les autres plaignantes -, éprouvait « un sentiment de honte ».
Me Valérie Clément défendait la première victime qui a déposé plainte et qui était présente à l’audience. « Veuve, elle avait fait suivre son fils et avait entièrement confiance dans cet homme. » Précisant qu’il a fallu attendre d’autres plaintes pour qu’elle soit reconnue victime, l’avocate a poursuivi : « elle a dû être hospitalisée et ses trois enfants ont été placés. Aujourd’hui encore, elle souffre de tremblements. »
Une victime s’est aussi défendue sans avocat, essuyant régulièrement ses larmes.
Un prédateur ?
À noter que le mis en cause « soignait » dans son cabinet, mais proposait aussi de se rendre à domicile. Il n’acceptait jamais la présence d’un tiers, notamment d’un mari.
À la barre, ne reconnaissant que les massages sur les seins ou le frôlement de son sexe (jamais en érection) sur le corps de la patiente, il s’est excusé, « conscient d’avoir fait du mal ».
La présidente a tempêté : « quel serait leur intérêt de mentir ? » Toutes partaient en payant en espèces la prestation de 50 €, voire plus lorsqu’il s’agissait de s’intéresser à l’habitation. Les séances duraient très souvent une heure.
Ce mode opératoire bien rodé, la procureure l’a tout de suite pointé que « la plupart des victimes ne se connaissaient pas. Elles ont toutes décrit les mêmes massages, généralement appuyés sur les seins ou le sexe. Il leur demandait d’être nues, voire les déshabillaient lui-même. »
Il « minimise » les faits
La magistrate a dit clairement qu’elle n’adhérait pas à la méthode de défense du quinquagénaire. « Je ne conteste pas la souffrance qui a pu être la sienne dans son enfance. Mais je déplore son absence d’authenticité, sa victimisation et sa minimisation des faits, à savoir un par mois environ. »
Considérant qu’il s’agit « d’un prédateur », elle a requis quatre années de prison, dont deux avec sursis probatoire pendant deux ans, considérant qu’il n’a rien à faire dans une prison surpeuplée, mais qu’il est dangereux et doit être suivi.
Pour l’avocat, son client a fait l’erreur d’exercer la profession de magnétiseur, ayant lui-même ses propres traumatismes. « Peut-on soigner, quand on est soi-même à soigner ? » Soulignant les sept années de contrôle judiciaire, au cours desquelles le mis en cause n’a pas fait parler de lui, il a refusé qu’il soit considéré comme prédateur.
Condamné à quatre ans de prison
Le prévenu était également poursuivi pour exercice illégal de la médecine (acupuncture), ce dont le tribunal l’a reconnu coupable.
Ayant retenu 25 agressions caractérisées sur les 28 évoquées, les juges ont suivi les réquisitions : quatre ans de prison dont deux avec un sursis probatoire de trois ans.
Le quinquagénaire devra se soigner, indemniser les victimes qui en ont fait la demande, soit entre et 300 et 4 000 €. Il a interdiction de les contacter et de pratiquer le magnétisme. Et son nom sera inscrit au Fichier judiciaire automatisé des délinquants sexuels (Fijais).
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