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La « nounou maléfique » des Yvelines droguait les bébés pour aller faire ses courses chez Action

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La porte claque sur les pleurs des bébés. Deux sont dans leur lit. Un est attaché dans son cosy. Les volets ont été fermés. La lumière a été éteinte. Le chat a été mis dans une autre pièce. Les petits devraient bientôt s’endormir. Seuls. Car leur nounou a décidé d’aller faire des courses. Et pour être tranquille, elle leur a administré une cuillère de Toplexil. Le sirop calme la toux des adultes. Il endort aussi. Mais pour des petits comme eux, âgés de 1 à 2 ans, il est strictement interdit. Il peut provoquer la mort subite du nourrisson.
Cette scène ne s’est pas déroulée une seule fois, mais au moins une dizaine dans le huis clos d’une maison de Beynes (Yvelines). Cette demeure est celle d’Isabelle, assistante maternelle agréée, 49 ans. Elle a passé la moitié de sa vie à s’occuper des enfants. Elle s’en prévaut largement sur l’annonce qu’elle a publiée sur un site spécialisé, compilant ses formations, son expérience et sa bienveillance : « Je veille au bien être, au confort, à la santé et à l’épanouissement de l’enfant. »

Isabelle a été condamné par le tribunal de Versailles le mardi 4 mars 2025 à une lourde peine. Elle était poursuivie pour administration de substance nuisible et délaissement de mineur. C’est une femme plutôt mutique qui, en fin de journée, n’a pas vraiment réussi sa rencontre avec la justice.

Prise en flagrant délit par la voisine

La salle est presque vide lorsqu’elle s’avance à la barre, vêtue de son jean gris trop lavé, de son pull violet clair très ample à col roulé. Elle a tiré au maximum ses cheveux en une petite queue-de-cheval haute. Elle s’appuie sur la barre pour écouter ce qu’on lui reproche.

Ses agissements ont été mis à jour par la petite-fille de ses voisins, le 16 octobre 2024. La jeune femme a vu un parent déposer son enfant. Puis elle a observé Isabelle s’en aller à 9 h 58 précises, sans personne. Inquiète, elle a décidé d’attendre son retour dans sa voiture. Il n’a eu lieu qu’à 11 h 08, les bras chargés de courses faites à 9 kilomètres de là, chez Auchan Plaisir, Normal et Action.

Qui s’est occupé des enfants pendant ces 70 minutes ? Sûrement pas les démarcheurs venus sonner à la porte. Pas plus le mari d’Isabelle parti travailler. Isabelle va devoir se justifier auprès des parents alertés.

Son explication va étonner. Elle assure avoir été contrainte d’aller aux urgences pour son propre fils. « J’ai appelé la PMI (protection maternelle infantile) qui m’a donné l’autorisation de le faire. Mon mari était là. » Double mensonge.

Léthargie des bébés

Pour en avoir le cœur net, les parents décident d’appeler la PMI. Elle ne trouve aucune trace de l’appel d’Isabelle. Et elle confirme ce que les parents pensaient : « Il n’est en aucun cas possible de laisser des enfants avec une personne qui n’est pas agréée et encore moins seuls. »

Face à cela, la nounou va envoyer plusieurs mails, dont l’un intitulé « En vérité », pour s’expliquer. Petit à petit, elle va avouer être partie faire ses courses. Elle va expliquer qu’elle ne supportait plus les pleurs. Et enfin, face à un papa, elle va abandonner ses mensonges. Car tous s’inquiètent d’une certaine léthargie des bébés. Isabelle pose alors sur la table une bouteille de Toplexil. Elle en donne régulièrement, tout au long de la semaine pour supprimer les pleurs de son quotidien. Et surtout sortir tranquillement sans les enfants. Ces aveux, Isabelle va les réitérer face aux gendarmes qui ont reçu la plainte conjointe des parents. Entretemps, elle a pris soin de dénoncer son agrément, échappant ainsi aux éventuelles sanctions administratives.

« Je me suis dit que ça irait »

« Alors, Madame. Expliquez-nous pourquoi vous avez décidé de donner du Toplexil pour calmer des enfants et partir faire des courses futiles ? », lance la présidente pour ouvrir les débats.

D’une voix à peine audible, Isabelle explique ne pas avoir lu la notice. « Je ne me suis pas rendu compte. J’ai été irresponsable. Je n’ai pas d’excuse. Je suis sortie et je me suis dit que ça irait. »

La juge scénarise une nouvelle fois ces trois bébés laissés seuls dans le noir :

« Vous imaginez leur terreur ! On est au-delà de la simple notion de danger ! Vous aviez tant besoin de faire les courses ? Mais comment est-ce possible ? »

Un long silence… Et la nounou ouvre enfin la bouche. « J’avais pas regardé les âges sur le flacon. Je leur donnais, j’attendais un peu et je partais. Il n’y avait pas que les courses que je faisais, il y avait aussi des rendez-vous chez le médecin pris sur Doctolib. Je prends conscience que ça aurait pu être plus grave. Je comprends qu’ils aient peur pour l’avenir et de ce que ça pourrait faire sur leurs enfants. Les séquelles. »

« Mon cœur de maman saigne »

Cela, une des mamans va le confirmer. « Je suis médecin généraliste. Et je sais quels sont les effets et les conséquences du Toplexil sur des bébés. Mais aujourd’hui, mon cœur de maman saigne. Il saigne quand je repense au nombre de fois où ma fille est restée seule, attachée dans le noir, à pleurer, le cerveau bourré de ce sirop. Mon cœur de maman saigne. Et mon cœur de maman ne veut plus que nounou Isabelle soit nounou. »

Le procès pointe du doigt les interdits qui ont été piétinés. Il montre aussi tout ce qui est désagréable et qui plane au-dessus de l’épais dossier. « J’ai été très choqué d’apprendre qu’elle changeait souvent de pharmacie pour acheter son Toplexil. Ça veut dire qu’elle anticipait pour ne pas être reconnue. On croyait nos enfants en sécurité avec elle », résume une autre maman Et pour ça, chaque foyer payait le prix fort : 900 euros par mois.

La régularité des achats laisse penser à une organisation bien rodée qui aurait pu durer depuis des mois, des années… L’enquête n’est malheureusement pas allée chercher les autres familles. Elle est restée concentrée sur une poignée de mois.

Elle envoyait des photos pour rassurer les parents

L’autre côté déplaisant s’écoute dans la stratégie de mise en confiance des parents. Après ses sorties interdites, la nounou n’hésitait pas à envoyer des photos des bébés en sortie, au parc, à la bibliothèque… Il s’agissait de rassurer. « Oui, j’ai trahi. Oui je m’inquiète pour eux plus tard », assure la quadragénaire poussée par son avocat à briser la carapace. Il n’obtient, que du bout des lèvres, de timides excuses.

Le jeu des questions et des réponses devient insupportable. Un des assesseurs entre dans la partie. « À quel moment, Madame, estimez-vous que les courses que vous deviez faire étaient plus importantes que la sécurité des enfants que vous droguiez ? » Elle rétorque : « Mais ça pleurait beaucoup. » Il clôt la discussion :

« C’est votre métier. Vous l’avez choisi. Et là, il semble que vous étiez plutôt une nounou maléfique. »

« Des poules aux œufs d’or »

Derrière les victimes contenant leur émotion, leur avocate enfonce définitivement le clou. « Les enfants étaient des poules aux œufs d’or, des tiroirs-caisses. Et vous voyez, ce matin, je suis allée sur votre annonce. Je vous ai envoyé un message. Vous ne m’avez pas répondu que vous aviez cessé votre activité. Et j’ai même constaté que votre profil avait été mis à jour. »

Isabelle tente une dernière justification. « C’est une erreur de manipulation. C’était pour une autre annonce comme femme de ménage. » Plus personne ne la croit. Et encore moins la procureure de la République.

« Elle ne pouvait ignorer les effets indésirables et dangereux du Toplexil pour ces bébés. Elle a été formée pour cela. Le tribunal devra sanctionner les choses graves qui se sont passées, sur les plus faibles d’entre nous : des bébés. »

Le parquet

La défense d’Isabelle insiste sur son idée qu’il n’y avait « aucune organisation rodée, aucune intention d’empoisonner les enfants. Et que la prise de conscience a été réelle malgré les apparences. » Cela ne suffira pas.

Et les policiers sont arrivés

Il est presque 22 heures lorsque les policiers poussent la porte de la salle d’audience, après plus de deux heures de débats. La sonnerie retentit. Les juges ont pris leur décision. Isabelle est condamnée à 3 ans de prison dont deux années avec sursis. Pour la partie ferme, celle qui comparaissait libre est envoyée directement en prison. Dans les jours à venir, un juge de l’application des peines pourra mettre en place une détention à domicile. La justice lui a définitivement interdit d’exercer son activité professionnelle de nounou et toute autre activité en lien avec des mineurs.

Dans la salle des pas perdus, vide et silencieuse, les parents se réunissent autour de leur avocate. Le mari d’Isabelle s’avance à pas feutrés et murmure des excuses sincères. La page est presque tournée car l’avocat ignore encore s’il fera appel de la sanction.




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