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dans les coulisses d’un choix qui change la donne

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Dimanche 23 février 2025, porte de Versailles à Paris. Entouré au Salon de l’agriculture d’élus et d’officiels de la Manche, Philippe Bas se promène pour la dernière fois dans les allées en tant que sénateur.

Dans la coulisse, sa nomination au Conseil constitutionnel a ouvert un intense jeu de chaises musicales. Il y a Charly Varin, président de l’association des maires de la Manche, qui va prendre sa place au conseil départemental, où le député Philippe Gosselin est appelé à prendre le leadership dans le groupe de la majorité. Et puis, surtout, il y a le Sénat.

Une demi-surprise

Dix jours plus tôt, le lundi 10 février au soir, lorsqu’il apprend que Gérard Larcher a officiellement proposé le nom de Philippe Bas, David Margueritte comprend qu’il va entrer au Sénat, pour le remplacer. Pour autant, y restera-t-il ? L’instant représente une demi-surprise.

Certes, le nom du Manchois circulait pour le Conseil des sages. Pourtant, dans le week-end, il ne semblait plus en pôle. Le nom d’un ancien Premier ministre, dont l’identité n’a pas filtré, commençait à circuler. Quelques jours plus tôt, Margueritte avait croisé Larcher, qui n’avait logiquement rien laissé filtrer de sa décision.

Les premières heures, au Palais du Luxembourg, personne n’imagine vraiment que le président de l’Agglo va venir. Il y a les questions d’équilibre territorial, qui placeront un temps en bonne place, dans les discussions de couloirs, Jacky Bouvet, maire de Saint-Hilaire-du-Harcouët (mais cinquième sur la liste sénatoriale). « Le timing n’est pas bon pour David Margueritte », indique un élu.

« L’honneur » et « le crève-cœur »

En réalité, il n’est pas si mauvais, à un an de la fin des mandats locaux. Dans le landernau politique, va paradoxalement vite flotter l’idée qu’une entrée au Sénat ferait plus plaisir à ceux qui pourraient briguer l’Agglo dans le futur qu’au principal intéressé.

Quand, en 2023, il s’engage en troisième position sur la liste de Philippe Bas, il le fait « en soutien ».

S’il était appelé un jour ? Il aviserait. Dix ans en arrière, si quelqu’un lui avait proposé, il aurait signé des deux mains. Dans les premières années de son engagement politique, devenir parlementaire était une ambition.

C’était beaucoup moins vrai à ce moment de son histoire personnelle et de celle du territoire. Il y a aujourd’hui « l’honneur » d’aller au Sénat, et le « crève-cœur » de celui qui a attendu des années avant de pouvoir agir sur le territoire, arrivé à un moment où les projets construits sous sa présidence prennent forme. C’est aussi prendre le risque de remettre en cause des équilibres de vie personnels.

C’est un cheminement complexe, humainement et affectivement. Après, que ce soit bien clair : aller au Sénat n’est pas une souffrance, c’est une chance. Simplement, ce sont des choix à faire. Je pense que chacun peut le comprendre. On ne peut pas reprocher aux élus d’être déconnectés et, en même temps, leur en vouloir de vivre comme tout le monde.

David Margueritte

Réflexion

Dès le mardi 11 février, il a consulté. Beaucoup lui disent que le Sénat est une opportunité à saisir. Hervé Morin, avec qui il entretient une relation solide depuis des années, n’est pas forcément convaincu, à ce moment-là, qu’il s’agisse du meilleur choix. « C’était pour moi une évidence de conserver mes mandats locaux », indique l’élu.

Le mercredi 12 février, dans un texto, François Durovray, l’ancien ministre des Transports, le félicite, et lui dit que toute façon, « il n’a pas le choix ». Qu’il y aille ou non, il perdra un de ses mandats. Il se met en retrait, et étudie la règle du jeu, qu’il ne juge pas juste. Comment recréer les circonstances d’un choix « libre » ? La loi a été faite pour éviter que les têtes de listes se présentent pour laisser leur place au numéro 2. Elle prive les colistiers d’un choix intégral (le statu quo, par exemple) au moment où leur vie a changé, parfois plusieurs années après l’élection.

Il a le droit de refuser, même si c’est rare. Pouvait-il, par exemple, rester à l’Agglo après avoir démissionné du Sénat, tout en faisant une croix sur la Région ? Oui. L’hypothèse est restée dans un coin de sa tête jusque très tard. S’est imposée une autre analyse de la situation : en étant à la Région et dans la majorité sénatoriale, il ne serait « pas loin du Cotentin ». Il y avait, sans doute aussi, le risque de ressortir fragilisé politiquement de la séquence.

Et puis, en réfléchissant par l’absurde : comment, après avoir fait campagne, refuser de siéger Sénat, alors que la situation l’obligeait déjà à perdre l’un de ses mandats ? Le parti des Républicains a-t-il eu son mot à dire ? Le futur sénateur s’est notamment entretenu avec Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez.



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