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les principaux auteurs présumés jugés par le tribunal de Cahors

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Le scénario était digne d’un grand film d’action. Mardi 9 janvier 2024 aux aurores, près de 220 gendarmes, dont une centaine du Lot et quinze du Lot-et-Garonne, mènent une opération de grande ampleur à Prayssac, à Fumel et Tournon-d’Agenais (47) pour démanteler un trafic de câbles de cuivre. Au total, une trentaine d’individus de la communauté des gens du voyage sont interpellés.

Ils sont soupçonnés d’avoir participé à une cinquantaine de vols de câbles de cuivre sur les lignes téléphoniques, d’électricité ou d’internet dans le Lot et le Lot-et-Garonne entre juin 2023 et janvier 2024. Plusieurs tonnes de cuivre qui ont ensuite été revendues à deux sociétés lotoises spécialisées dans l’achat de métaux. Les voleurs montaient aux poteaux pour arracher les câbles en pleine nuit qu’ils tiraient ensuite avec leurs véhicules. Ils brûlaient les matières plastiques pour ne garder que le cuivre.

280 000 euros de préjudice

Jeudi 20 février 2025, les têtes présumées du réseau, six hommes âgés d’une vingtaine d’années, étaient donc jugées par le tribunal correctionnel de Cahors. Tous ont quitté l’école avant la 5e au collège et présentent de nombreuses condamnations. Les « seconds couteaux », des membres de leurs familles, leurs compagnes et leurs entourages, impliqués dans la revente pour la plupart, soit une vingtaine de personnes, ont déjà été jugés dans des procédures de reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) ou « plaider-coupable ». Les gérants des sociétés qui ont racheté le cuivre comparaîtront le 13 mars prochain.

Ce jeudi, la salle est donc comble, les gens du voyage sont venus nombreux pour soutenir leurs proches. Deux frères, Arnaud et Dylan actuellement en détention, apparaissent derrière la vitre les visages fatigués. Les quatre autres prévenus, dont encore deux frères Clyde et Giovanni, comparaissaient libres. Ils sont accusés de vol aggravé, de blanchiment et d’associations de malfaiteurs. Les chiffres dévoilés par le juge Michel Huyette, qui mène les débats, sont vertigineux. On parle de centaines de kilomètres de câbles, de plusieurs tonnes de cuivre et de reventes, jusqu’à 32 000 euros pour la plus importante.

Le préjudice matériel est estimé à 280 000 euros, plus de 80 000 euros pour Enedis et 198 000 pour Orange soulignent Maitres Teisserenc et Marin, représentantes des entreprises. Mais ce sont également des « centaines de foyers impactés, des administrations, des hôpitaux et des écoles » sans compter la mobilisation d’équipes en urgence et de la sous-traitance pour rétablir les réseaux rapidement, et enfin le préjudice pour l’image des entreprises, insistent les avocates.

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Deux équipes organisées

À l’origine de l’enquête : un signalement le 3 août 2023, lorsque la gendarmerie est avertie par un agriculteur de brûlages qu’il y aurait eu chez des voisins. Sur place, les autorités découvrent en effet des traces de brûlages, des déchets, des gaines qui entourent les câbles de cuivres provenant d’au moins neuf lignes différentes, ainsi qu’une plaque signalétique venant d’un poteau en Dordogne.

L’agriculteur leur indique aussi avoir vu de nombreux allers et retours de véhicules chargés sur cette propriété, un terrain qui appartient à la famille des frères Arnaud et Dylan. Très vite, les gendarmes font le lien entre une série de vols et ces découvertes. L’enquête se poursuit alors dans une entreprise à Fajoles qui rachète le cuivre et les métaux. Sur place, l’exploitation des livres de police permet de constater l’achat de métaux en grande quantité (près de 20 tonnes) auprès de membres de trois familles dont celle de Dylan et Arnaud.

Des écoutes téléphoniques se mettent en place, les enquêteurs épluchent les bornages des téléphones qui font ressortir les noms de Florian, Arnaud, Dylan, Giovanni, Clyde et Eymeric, le bornage de leurs téléphones en pleine nuit correspondent à des vols dans les mêmes secteurs. La surveillance révèle que deux équipes ont certainement opéré sur ces séries de vols. Un trafic organisé puisque leurs noms, ceux de leurs compagnes et de leurs entourages apparaissent aussi sur les registres des deux sociétés lotoises gérées par un couple.

Lors des auditions, des anciennes compagnes et des proches viennent confirmer ce trafic. Clyde et Giovanni forment une première équipe avec leurs deux petites amies qui avouent dès le début. Arnaud, Dylan, Florian et Eymeric formeraient une seconde équipe. La secrétaire de l’entreprise de Fajoles explique les connaître et avoue avoir eu quelques doutes : « oui, je pense qu’on a acheté du cuivre volé mais on n’est pas censé être au courant qu’il est volé » déclare-t-elle aux enquêteurs !

La défiance des frères détenus

Après leurs interpellations, les six hommes sont entendus par les enquêteurs. Giovanni et Clyde admettent 11 vols et désignent alors Arnaud comme le commanditaire et la tête du réseau. De leur côté, les deux détenus, Arnaud et Dylan nient toute implication depuis le début et maintiennent leur position devant la salle d’audience. Ils dénoncent même une cabale du parquet de Cahors contre eux.

– « Alors pourquoi ces personnes vous mettent en cause ? » demande le juge Huyette.

– « 90 % des gens ici, je ne leur parle pas, ce sont des faibles, ils ont peur d’aller en prison et ne veulent pas assumer ! C’est de la jalousie, c’est des cafards, faut les écraser, je dirai pas plus ! » répond avec rage Arnaud.

– « Des cafards ? Et votre sœur qui dit que vous volez des câbles, c’est aussi un cafard ? » relève le juge.

– « Je sais pas de quoi elle parle. Vous n’avez qu’à lui demander, elle est là ! J’ai une tête à voler du câble ? La drogue ça paye dix fois plus, pourquoi j’irai voler du câble, je suis tombé pour trafic de stup moi ! »

Même aplomb chez son frère Dylan qui prend ensuite la parole avec des réponses laconiques face au juge : « vous avez huit mille pages de dossiers, vous n’avez qu’à les lire ». Il ne reconnaît qu’un vol dans un hangar à Montayral : « c’était devant moi, je l’ai pris ». En deux répliques, il balaie la question de la procureure. « Qui sont les deux personnes avec vous ? ». « Des personnes. Vous regardez les autres dépositions, vous aurez les réponses » lâche-t-il avec défiance.

Finalement, seul Florian reconnaît les 28 faits qui lui sont reprochés (bien plus que lors de ses auditions) et coopère avec le tribunal. Il décrit le mode opératoire et explique qu’il a fait ça par appât du gain pour sa fille. « C’est la pire décision de ma vie » regrette-t-il. Il apparaît comme un repenti, tête baissée, hésitant, il souligne qu’il est désormais en CDI et qu’il fait tout pour s’en sortir. Père de famille pour la seconde fois le 5 février dernier, en couple, il ne veut surtout pas retourner en prison, traumatisé par sa détention provisoire. « J’ai fait deux mois, c’était horrible, je compte travailler, m’en sortir, avoir un avenir » insiste-t-il. Le juge note que le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) est « favorable à une peine mixte et ouverte » face à la situation stable de Florian.

Un vol d’ampleur organisé et généralisé

Dans la seconde « équipe », Clyde et Giovanni reconnaissent 14 des 29 faits qui leur sont reprochés. Ils décrivent à l’audience leur situation précaire et le cercle vicieux de la délinquance. « Dans le milieu où on vit, il y a beaucoup de délinquance, on est tout de suite pris dans la tourmente. Je veux avancer de l’avant [SIC] » dit Clyde. Quand Giovanni explique ses actes : « Pour manger, boire, subvenir à mes besoins tous les jours ! »

– « Oui mais tout le monde a besoin d’argent, c’est la situation de 68 millions de Français et ils ne volent pas des câbles ! » lui rétorque le juge.

– « Bah parce que les Restos ont du cœur [SIC], ce n’est pas assez », souffle le prévenu de 23 ans.

Des milliers de tonnes de cuivre sont volés chaque année en France. ©Stéphanie HOURDEAU

Enfin, c’est au tour du dernier prévenu de s’avancer à la barre. Autoentrepreneur depuis trois ans notamment dans la récupération de ferraille sur des chantiers, Eymeric nie toute implication dans les vols. « Si mon nom apparaît dans les registres de l’entreprise de rachat, c’est parce que je venais de récupérer des métaux sur le chantier de démolition de Cash Piscine, légalement, il y a des documents qui le prouvent » se défend-il. Le jeune homme de 23 ans a deux filles confiées aujourd’hui à l’aide sociale à l’enfance depuis sa détention provisoire. Il en est ressorti « traumatisé » souligne le SPIP et fait encore des cauchemars. Installé à Agde désormais, et maçon, il veut à tout prix récupérer ses filles et éviter une condamnation ferme.

« Je pense qu’il a peur »

La procureure en vient aux réquisitions et balaie la défense de certains prévenus. « Ce ne sont pas des vols de survie comme on voudrait nous le faire croire mais bien un vol d’ampleur organisé et généralisé » insiste-t-elle. Puis elle revient sur les cas de chacun des prévenus. Pour la première équipe de présumés voleurs, Clyde et Giovanni, elle ne voit aucune volonté de réinsertion de leur part après de multiples condamnations. Elle requiert 40 mois de prison dont 8 avec sursis probatoire pendant 3 ans pour Clyde et 30 mois d’emprisonnement dont 8 avec sursis probatoire pendant 3 ans pour Giovanni. Et comme pour tous les prévenus : obligation de travail, de payer la somme due au Trésors Public, interdiction de contact entre les co-auteurs, interdiction de séjours dans le Lot pendant trois ans.

Pour la seconde équipe, elle reconnaît les efforts d’Eymeric et de Florian pour s’en sortir. « Je pense qu’Eymeric n’est pas en capacité de parler librement, je pense qu’il a peur. Il a pu se laisser dépasser par les influences des uns et des autres. » Elle requiert 24 mois de prison dont 10 avec sursis probatoire pendant deux ans.

Sur Florian, elle reconnaît également son changement d’attitude : « il est le seul qui aujourd’hui assume complètement ses actes ». Elle demande 30 mois dont 16 avec sursis probatoire pendant 3 ans et interdiction de se rendre à Prayssac pendant deux ans. Enfin pour les frères Dylan et Arnaud, elle requiert 40 mois dont 6 avec sursis probatoire pendant 3 ans et 5 ans d’emprisonnement dont un avec sursis probatoire pendant trois ans.

Une enquête approximative

Si la défense de Florian est satisfaite des réquisitions, l’avocat de Clyde et Giovanni dénonce des peines lourdes. « Qui sont les premiers bénéficiaires qui ont profité de ces petites mains ? Les deux gérants des entreprises qui rachetaient ce cuivre. Et on reproche à mes clients de ne pas avoir été coopératifs, les bras m’en tombent. Dès le début, ils reconnaissent les faits et coopèrent mais uniquement les 14 faits qu’ils ont commis. Vous avez ici deux groupes qui ne s’entendent pas voire se détestent, il n’y a pas d’association de malfaiteurs entre eux. Clyde a été victime d’un viol par un de leurs frères quand ils étaient plus jeunes. Ils sont dans un cercle vicieux de précarité » tonne-t-il.

C’est enfin au tour de Maître Camille Mallemouche de terminer les plaidoiries pour Dylan et Arnaud. Clairement, il dénonce une enquête bâclée par « les gendarmes Jean-Michel À-peu-près et Denis Couci-couça ». Pour lui, baser une enquête sur les bornages téléphoniques, c’est très approximatif. « Les fadettes, c’est le niveau zéro de la précision, ça ne peut pas être le seul élément déterminant d’autant plus qu’on est à la campagne, il y a des bornes tous les 20 km. Quand on me dit, il y a tous les éléments, je m’étouffe ! Si une personne borne à proximité d’un lieu de vol, on l’accuse ! D’autant plus que les deux frères vivent à côté de nombreux endroits où ont eu lieu des vols. Il ne fait pas bon de regarder un Netflix chez soi sur son téléphone ! »

Il dénonce des peines demandées disproportionnées alors que le parquet « a créé de toutes pièces un réseau ».

Le délibéré est attendu le 13 mars prochain.

Sarah NABLI



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