Home Sports 6 Nations. « Jalibert, c’est maintenant ou jamais » : Benjamin Kayser décrypte Angleterre

6 Nations. « Jalibert, c’est maintenant ou jamais » : Benjamin Kayser décrypte Angleterre

42
0


Ancien talonneur international passé par Leicester dans le championnat anglais, Benjamin Kayser reste un observateur avisé du rugby notamment en tant qu’ambassadeur pour Sage, l’organisme traitant les statistiques officielles du Tournoi des 6 Nations. Il revient pour Actu Rugby sur la performance des Bleus contre le pays de Galles et décrypte le prochain rendez-vous du XV de France en Angleterre.

6 Nations : Benjamin Kayser décrypte Angleterre – France

Actu : Qu’avez-vous retenu du match d’ouverture du XV de France contre le pays de Galles ?

Benjamin Kayser : Déjà, une victoire satisfaisante (43-0, ndlr). Ce n’est jamais évident d’ouvrir le bal, dans des conditions qui restent particulièrement confortables pour Fabien Galthié et son staff, mais avec quand même de légers changements. Un tout petit peu moins de confort, un tout petit peu moins de temps, tu attaques le vendredi soir donc tu t’enlèves un jour de préparation, par exemple. Ce sont des détails, mais au final, c’est quand même important, avec des échéances de Champions Cup récentes qui ne sont pas moins importantes, avec un groupe qui a eu quand même deux ou trois changements. On sent une espèce de rotation aussi dans l’épine dorsale de l’équipe. Et donc pour ça, il y a de légers automatismes à récupérer. Donc content, heureux, fier de la performance. En plus, une stratégie clairement offensive, ils ont pris les commandes du match. On a vu des mecs qui jouaient à la main. On a vu vraiment une envie d’imposer leur rugby. Donc ça, c’était génial, avec un score convaincant.

Mais…

B.K. : Mais deux points noirs tout de même. Le premier, c’est qu’on n’apprend pas beaucoup de choses de ce match-là, parce que j’ai trouvé les Gallois faibles. Ils font plein de choses assez jolies, mais ils ne vont nulle part. J’ai trouvé nos deux premiers essais très beaux. Mais finalement, ils viennent de pick and go, quand même relativement simples, où on consomme des joueurs pour finalement exploiter l’extérieur. C’est génial cette efficacité du rugby, j’adore. Mais contre les nations majeures, les Irlandais qui te tiennent haut, les Anglais qui sont plus costauds, la discipline qui du coup peut entrer en jeu… Je me dis, est-ce que ça fonctionnera ?

Sur l’absence à venir de Romain Ntamack

Et le second point noir ?

B.K. : Le gros point négatif, c’est le carton rouge de Romain Ntamack, ça fait chier. On attendait tellement son retour, on était tellement contents de le voir revenir. Mais là, on sent que c’est un peu l’orgueil du joueur. Il prend un brin 60 secondes avant, personnellement, je pense que c’est lié, c’est quand même compliqué de dire qu’il n’y a pas de corrélation entre les deux. Le numéro 10 d’en face, Ben Thomas lui a mis un petit plaquage à retardement, il le pousse un peu au sol, et 60 secondes plus tard, tu lui mets l’épaule dans la tête… Il n’a pas voulu lui mettre une épaule dans la tête, il a voulu lui mettre un petit coup. Malheureusement, l’autre est tombé pile à ce moment. Et il n’avait pas totalement les yeux en face des trous, Romain… parce que c’était un moment un peu d’énervement, d’agacement. Et malheureusement, ça va lui coûter.

On sent que vous êtes triste pour lui !

B.K. : Franchement, il faisait de la peine quand on l’a vu marcher dans ce couloir. Alors oui, la France est dégoûtée parce qu’on perd un super joueur. Il nous tardait de le voir revenir avec un match de « prépa » et d’enchaîner contre les Anglais ! Après, on a la chance ultime d’avoir des options avec Jalibert, avec Ramos même, franchement, en novembre, qui a été incroyable, alors que ce n’est même pas un ouvreur. Mais là, pauvrette, ça m’a fait de la peine pour lui, surtout parce que tu le vois marcher dans le couloir, il est dégoûté. Un joueur tellement génialissime, tellement incroyable. On a été dégoûtés de ne pas l’avoir pendant la Coupe du Monde. Il se re pète un peu, on aurait voulu le voir contre les All Blacks. Et là, il revient et tu sens qu’il y avait un peu un trop-plein d’émotions.

La nouvelle ère du XV de France

Historiquement, le XV de France a souvent eu du mal à rentrer dans ses 6 Nations. Cette génération-là travaille-t-elle dans un autre confort que la vôtre ?

B.K. : J’ai fait partie d’une génération d’équipes de France où on gagnait un match sur deux. 80% de victoires, je n’ai jamais connu. J’ai aussi connu des époques de l’équipe de France où le samedi, tu jouais un match de la Coupe d’Europe ou un gros match de championnat, pour le dimanche, être dans l’avion ou dans le train pour aller à Marcoussis et attaquer ta préparation du 6 Nations. On s’entrainait la première fois le mardi, parce que tu étais à peine remis du match, pour jouer le vendredi, voire le samedi. Là, c’était une course contre la montre qui était impossible avec aussi énormément de rotation dans les effectifs, quasiment aucune stabilité d’épine dorsale parce que c’était toujours un peu la politique de l’homme en forme. Et tu voyais des mecs sélectionnés en fonction du match qu’ils avaient fait en Coupe d’Europe deux semaines avant. Il y avait aussi énormément de blessures. À chaque fois, c’était malheureusement presque la blague de se dire, voilà, les 33 sélectionnés le 10 janvier, on va attendre de voir qui sera encore vivant au moment du rassemblement !

Benjamin Kayser a notamment côtoyé Uini Atonio au sein du XV de France, pour lequel il compte 37 sélections.
Benjamin Kayser a notamment côtoyé Uini Atonio au sein du XV de France, pour lequel il compte 37 sélections. (©Icon Sport)

Vous avez l’air à la fois envieux et admiratif…

B.K. : Le point fort de Fabien Galthié et son staff, c’est de maintenir les mecs, de faire confiance aux mecs sur la durée. On ne se repose pas uniquement sur la politique de l’homme en forme, cela dit c’est plus facile quand ils sont tous en forme. L’équipe de France gagne beaucoup, il n’y a pas besoin de redorer le truc à chaque fois. Ils sont très forts, ils ont beaucoup d’automatismes, ils se connaissent bien. C’est un groupe qui a nourri une expérience collective, même quand il y a des changements. Le week-end dernier, on n’a même pas parlé de l’absence de Damian Penaud. Il y a un mec qui arrive, plug and play (il rentre dans l’équipe sans temps d’adaptation ndlr), Attissogbe joue, c’est quand même cool. Et un truc qu’ils font beaucoup mieux que ma génération, c’est qu’on ne mettait pas tout le temps les bons ingrédients psychologiques. On était beaucoup plus hétérogènes, on était beaucoup plus portés de haut en bas. Là, la stabilité, la capacité à livrer les performances qu’ils ont quasiment toutes les semaines, elle est ultra impressionnante.

Une constance parfaitement incarnée par le capitaine des Bleus !

B.K. : Antoine Dupont, c’est le number one, le meilleur joueur du monde. On lui met la pression du capitanat, t’as l’impression que ça ne lui fait rien. Avec Toulouse, t’as l’impression qu’ils vont s’épuiser, ils sont champions d’Europe, ils sont champions de France. Et puis il part au rugby à 7, il va forcément s’épuiser. Et bien non, il revient, il est bon. Tu te dis, psychologiquement, ils sont très très forts.

Une obligation de résultat pour les Bleus ?

Pour autant, le sujet a été évoqué dernièrement, ce XV de France n’a pas un palmarès encore très garni. Les pensez-vous dans une forme d’urgence de ce point de vue ?

B.K. : Je ne pense pas qu’il y ait d’urgence. On m’a posé cette question chez les Anglais, est-ce qu’ils sont sous pression ? Je pense que tout le monde est sous pression quand tu représentes l’équipe de France et que tu entraînes l’équipe de France. Mais là, ils ne sont pas plus sous pression que ça, encore une fois, parce que moi, je me souviens des années où j’ai perdu en Italie, j’ai perdu contre le Pays de Galles venu nous battre à Paris alors qu’on était largement favoris. On n’a pas accroché une seule fois les Blacks ni les Sudafs et on a battu les Australiens quelques fois, mais c’était tout. Donc déjà, chapeau pour ce qu’ils ont fait. 80% de victoires, c’est extraordinaire. Ils ont redoré le blason, c’est une organisation, c’est un staff, mais c’est aussi des joueurs, une génération extraordinaire, ils nous donnent tellement de plaisir que je ne pense pas qu’ils soient sous pression.

Mais justement, au regard du contexte favorable, de la qualité de cette génération, beaucoup disent que c’est maintenant ou jamais…

B.K. : On me disait tout le temps qu’en stratégie de carrière, ce qui est pris n’est plus à prendre. Combien de temps est-ce qu’on aura une équipe comme ça ? Je pense aussi qu’on est un peu dans un alignement des planètes. On a un joueur qu’on aura une fois dans une génération qui est Antoine Dupont, entouré de potes à lui, entouré de collègues du Stade, avec qui il y a un vrai truc que tu ne peux pas inventer. Quasiment l’amour fraternel. Ça arrivera quand dans l’histoire, d’avoir cet alignement de planètes ? Donc évidemment qu’il faut en profiter. On en profite déjà parce qu’on se régale, parce que tous les matchs, on est compétitifs, parce qu’on a foutu 40 points à la Nouvelle-Zélande, c’est quand même des éléments marquants. Tu joues tous les matchs, tu te dis, on peut gagner tout le monde. C’est quand même génial. Et on joue bien, on joue un rugby offensif, positif. Donc ça c’est génial, mais évidemment qu’on veut plus de titres. On aurait échangé beaucoup de Grands Chelems pour un titre de champions du monde !

Angleterre – France : toujours un match à part

Au regard de la forme actuelle des Anglais et depuis quelque temps, le Crunch a-t-il toujours autant de saveur à vos yeux ?

B.K. : Complètement ! Les Anglais sont mieux maintenant qu’ils étaient il y a deux ans quand on y était allés. Largement mieux. Ça ne gagne pas encore assez, ils n’y arrivent pas encore totalement. Ils sont frustrés mais ça va beaucoup mieux. Twickenham, comme par hasard, se remet à rugir. Et ça a été un des énormes points positifs. C’était devenu un public franchement de spectateurs sans crier, sans vie. C’était vraiment le mauvais côté presque du rugby anglais. Là c’est redevenu une vraie cathédrale. L’ambiance est là, ils ne sont pas loin. Ils ne sont vraiment pas loin. Oui, ils ont perdu contre les Irlandais, mais pendant une mi-temps, il y a eu une vraie équipe. Je pense que ça a totalement autant de saveur et ça ne se perdra jamais. Il suffit d’y être le samedi matin. Tu oublies un peu tout le reste, ça reste un des grands jours du rugby qu’on adore.

Le dernier Angleterre – France reste un bon souvenir pour les Bleus (victoire 10-53). Pensez-vous qu’il soit encore dans les têtes anglaises ?

B.K. : J’y étais, c’était un moment perdu dans le temps. Et c’était incroyable. J’ai encore des frissons sur la sortie d’Antoine Dupont, standing ovation, le public de Twickenham s’est levé. Quand tu en prends 50 à la piaule, je pense qu’en France, tu te fais huer de partout. Et là, ils ont applaudi. J’ai trouvé ça génial. C’était vraiment un moment ouf. Et puis des Français qui jouaient de partout. Je pense qu’ils l’ont en tête parce qu’ils ont vraiment pris une fessée. Mais il n’y a pas d’amertume parce que ce n’est pas une décision arbitrale. Ce n’est pas un drop contré. Ce n’est pas une interception. Tu prends une leçon. Tu le rejoues 10 fois, je pense que la France le gagne 6 ou 7 fois mais jamais de la vie avec 50 points ! Là, il y avait tout. Il pleuvait et pourtant, c’était comme ça. Il y avait tout.

Matthieu Jalibert devrait être aligné à l'ouverture du XV de France contre l'Angleterre,
Matthieu Jalibert devrait être aligné à l’ouverture du XV de France contre l’Angleterre, « maintenant ou jamais » pour Benjamin Keyser. (©Icon Sport)

Les clés du Crunch et le retour de Matthieu Jalibert

Côté XV de France, les dernières indications pointent vers un retour de Matthieu Jalibert. Pensez-vous que l’ouvreur jouera gros samedi (17h45) ?

B.K. : Tant mieux, ça veut dire qu’ils auront un peu enterré la hache de guerre. Matthieu Jalibert, c’est un peu maintenant ou jamais. C’est quand même un joueur qui est tellement positif, talentueux en attaque, qui a tellement été décisif avec Bordeaux, qui marche un peu sur l’eau depuis qu’il est remis de blessure cette année. Il me tarde de le voir, mais ce n’est pas Romain Ntamack en défense… Je pense qu’il va prendre des Ben Earl sur les touches réduites en pleine cabine, il va prendre Ollie Lawrence en pleine cabine. Est-ce que l’absence défensive de Ntamack va nous causer du tort ? Ça, c’est une première question.

On sent arriver une autre question…

B.K. : On a joué dans un fauteuil contre le pays de Galles. Si les Anglais remettent les frères Curry en 3e ligne, s’ils arrivent à nous pourrir les rucks, est-ce qu’on va être capables de le faire ? Quand les Irlandais nous mettaient une fessée l’année dernière, les gens me disaient qu’il manquait Antoine Dupont. Mais le pauvre Maxime Lucu, il avait eu 20% de ballons propres en touche et 50% en mêlée. Même Antoine Dupont n’aurait rien pu faire. Je pense que c’est peut-être pour ça que l’Angleterre veut rééquilibrer sa 3e ligne, pour faire un match très défensif et nous priver à la source. C’est une plus grosse mêlée que le pays de Galles, ça peut être une très bonne conquête en touche. Donc s’ils arrivent à nous pourrir les ballons et à nous ralentir le jeu, ça peut être compliqué.

Un pronostic pour finir ?

B.K. : Je vois une victoire de l’équipe de France, disons 28-22 !



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here