Le 27 octobre 2024, une rencontre entre Anstaing-Chéreng et Lomme Délivrance se tient à Sainghin-en-Mélantois (Nord), dans le cadre de la Coupe de France. Le match se joue aux tirs au but. La tension, qui est montée crescendo dans les tribunes, a terminé en bagarre générale. Le mardi 25 mars 2025, trois hommes, identifiés comme participants à la rixe sont passés devant le tribunal de Lille. Ils ont écopé de 6 et 8 mois de prison et d’une interdiction de paraître sur des terrains de football pendant 6 mois.
Coups de pied, de poing et de matraque envers des joueurs et un bénévole
En fin de match ce 27 octobre 2024, les gendarmes sont alertés pour une quinzaine de personnes descendues sur le terrain de football. Une bande désignée comme des supporters de Lomme font pleuvoir des coups sur des joueurs de l’équipe d’Anstaing-Chéreng, victorieuse aux tirs au but, relate la présidente du tribunal, s’appuyant sur le rapport de l’enquête.
Une personne dans le public fait un malaise cardiaque, en vue de la « très forte tension », complète-t-elle d’une voix claire, face aux prévenus. Et pour cause, après des insultes échangées, une grande rixe éclate, à coups de poing, de pied et de matraque, notamment. Le tout sur fond d’insultes toujours plus violentes et de menaces de mort. La présidente du tribunal décrit, images à l’appui, « une scène de chaos ».
De 2 à 23 jours d’ITT pour les victimes
Plusieurs personnes sont blessées dans la rixe. Une personne aura 3 jours l’ITT, deux autres 2. Ces joueurs pris à partie auront des marques des coups et douleurs pendant plusieurs jours. Une victime, surtout, a particulièrement été touchée. Un homme, commercial dans la vie et bénévole du club de foot, a eu le nez cassé et des problèmes au niveau des dents. Il s’est fait opérer et s’est vu octroyer 23 jours d’ITT.
Au moins neuf personnes ont été mises en cause dans cette bagarre, capturée sous diverses coutures par des photos et vidéos, remises aux enquêteurs. Ils ont pu ainsi recouper en grande partie les éléments, même si l’effet de groupe et la nuit tombée rendent difficile la lecture de certains événements, a souligné la présidence du tribunal.
Des propos racistes du gardien de but provoquent « une descente »
Mais d’où est parti ce mouvement de foule ? D’insultes proférées par le gardien de but de l’équipe victorieuse (Anstaing-Chéreng), à caractère raciste, selon les récits recoupés. Le gardien, au cœur du conflit, a de son côté indiqué avoir été pris à partie plus tôt et avoir reçu des projectiles pendant le jeu. Un des prévenus le dira : « Ce sont les insultes racistes, qui ont fait que j’y suis allé. Sur le coup j’ai pas réfléchi. » Tous s’accordent sur ce fait, ainsi que les témoignages recueillis par les enquêteurs : c’est ce qui a déclenché cette avalanche de violences. Rien n’était prémédité, assurent-ils tous à l’audience.
« J’étais chez ma mère »
Sur les trois prévenus, un a changé de versions plusieurs fois. Sur le moment, il a fui le contrôle de la police. Devant le tribunal, il ne sait pas l’expliquer. Son récit est confus. À la base, il déclare être « chez sa mère » à ce moment. Puis il revient sur ses déclarations. Au tribunal il l’assure, « j’ai décidé de dire la vérité ». Il dit qu’il a cherché à donner deux coups, mais aucun n’a atteint la personne visée. Il est pourtant formellement identifié par la victime comme « protagoniste principal de cette rixe », rappelle son avocat, mais le prévenu nie en bloc ces faits. Une des personnes a assuré l’avoir vu avec un couteau à cran d’arrêt. « Non, je ne portais pas d’arme. Je suis descendu sur le terrain après avoir entendu les insultes racistes. » Ça valait le coup ? questionne la présidente. « Aujourd’hui je me rends compte que non », répond le jeune homme.
Je n’aurais pas dû agir ainsi. Mais je ne peux pas revenir en arrière. Ce que je peux dire c’est que ce n’était pas prémédité.
Les deux autres ont de leur côté reconnu les faits, dès la garde à vue. Un jeune, descendu sur le terrain pour, dit-il, « défendre mon frère ». Ce dernier a le casier le plus fourni, pour des faits de violence en réunion, notamment. Il est d’ailleurs le seul dans le box, écroué récemment pour d’autres faits. Il reconnaît son erreur : « J’ai vu mon frère en difficulté. J’ai pas réfléchi, j’y suis allé. »
On a voulu faire la justice nous-mêmes, alors que c’est pas à nous de le faire. […] Après ce séjour en prison, je suis un homme changé.
Un entraîneur de foot sur le banc des prévenus
Le troisième prévenu est investi dans la vie d’un club nordiste. Il encadre lui-même des jeunes et est père de famille. Il avoue face à la présidence avoir « suivi le mouvement. » « Ce sont ces valeurs, que vous portez ? Pensez-vous que le comportement du gardien, aussi détestable soit-il, justifie ce déchaînement de violences ? » Non, répond-il. « C’est un effet de groupe. »
Les arguments des prévenus se perdent dans le silence. La procureure fait écho aux déclarations de la présidente, en pointant du doigt « des violences détestables. Ce ne sont pas les valeurs du sport. »
Quand on perd un match, on retourne à l’entraînement. C’est hallucinant, ce déchaînement de violences.
Les prévenus l’ont reconnu, ça ne devrait pas se produire sur un terrain. L’entraîneur de football réalise, avec le recul : « C’est un bénévole » (à propos de la victime qui s’est portée partie civile, nldr), « comme moi, et il se fait taper alors qu’il n’a rien demandé. » Alors que ce dernier tentait de venir en aide à un joueur, insiste son avocat, qui a demandé des dommages et intérêts pour son client.
La présidente les interpelle : « C’est hyperviolent. Ça aurait pu finir bien plus mal ! »
6 et 8 mois d’emprisonnement et interdiction de stade
Les trois mis en cause, qui ont respecté leur contrôle judiciaire effectif jusqu’à l’audience, ont été condamnés : le premier à 6 mois d’emprisonnement (à domicile, sous bracelet) et les deux autres à 8 mois d’emprisonnement avec sursis probatoire pendant 2 ans, avec exécution provisoire. Ces deux derniers devront indemniser les parties civiles, accomplir des démarches de formation ou d’emploi et réaliser un stage de citoyenneté.
Les trois ont pour interdiction de paraître dans les enceintes sportives accueillant des matchs de football pendant 6 mois, de détenir ou porter une arme pendant 3 ans et sont privés du droit d’éligibilité pendant deux ans.
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