De l’attaque à la feuille de boucher dont il avait été victime en septembre 2020, à Sarcelles (Val-d’Oise), Anthony garde de lourdes séquelles. Physiques, déjà. Alors qu’une large cicatrice barre son cou, l’homme de 31 ans souffre notamment toujours d’une paralysie partielle dans la bouche. Mais surtout psychologique. « Je suis toujours sur mes gardes aujourd’hui. Je repense régulièrement à cette attaque. Je fais encore des cauchemars. »A l’ouverture du procès de son agresseur devant la cour d’assises du Val-d’Oise, la victime attendait deux choses : que l’accusé s’explique sur son passage à l’acte, mais surtout que son agression soit reconnue comme un attentat terroriste.
« Allah akbar »
L’assaillant, Saif Ullah, un Pakistanais de 30 ans sous OQTF, l’avait frappé à deux reprises en criant « Allah akbar », alors qu’il attendait devant le portillon du commissariat. Des faits commis quelques heures après l‘attaque, qualifiée de terroriste, de deux personnes devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, à Paris, par Zaheer Mahmood, dans un contexte de crise entre la France et le Pakistan à la suite de la publication de nouvelles caricatures de Mahomet.
« Je suis persuadé que j’ai été égorgé parce qu’il m’a pris pour un policier. Vous ne me ferez pas croire que ce n’est pas un terroriste », a lâché Anthony face à la cour.
Las, la victime n’aura obtenu ni les aveux de l’accusé, qui est resté muet durant les trois jours d’audience, ni la requalification des faits, qui aurait nécessité de renvoyer le procès devant une cour spéciale. C’est donc pour assassinat que Saif Ullah a été condamné vendredi 7 mars à trente ans de réclusion criminelle. « Pour moi, il y a une injustice. Ce monstre est un terroriste à mes yeux », a répété Anthony à l’audience toutefois
Deux coups à la gorge et au niveau de l’oreille gauche
C’est pour déposer plainte contre un client agressif que le gérant du KFC de Garges-lès-Gonesse s’était présenté devant commissariat, peu avant 22h. Il sonne à l’interphone et attend qu’on lui ouvre la grille. Sur la vidéo filmée par les caméras de surveillance et diffusée sur les écrans de la salle d’audience, on aperçoit un homme, le visage dissimulé par un masque et portant un large poncho, arriver dans la pénombre.
Tout va se passer en quelques secondes. L’individu sort une feuille de bouche et porte deux coup à la gorge et au niveau de l’oreille gauche, en criant deux fois « Allah akbar ». Anthony recule et tombe sur les scooters stationnés derrière lui. Son instinct de survie et ses souvenirs de quelques rudiments d’autodéfense enseignés par son père vont le sauver.
J’essaye de me défendre tant bien que mal. Je pense à une seule chose, mes sœurs, mes neveux et nièces, il faut que je me batte pour ma vie.
Anthony
Le restaurateur, qui portait des chaussures coquées, porte un coup de en direction de la tête de l’assaillant, puis un second au thorax, envoyant à terre l’arme blanche. L’agresseur prend aussitôt la fuite tandis qu’Anthony fait quelques pas en titubant avant de s’écrouler au sol. Cette attaque, la victime la revit régulièrement depuis bientôt cinq ans.
Je me souviens de son regard glaçant. Des yeux noirs, globuleux. Je comprends tout de suite que c’est la fin.
Sortis en nombre, les policiers portent secours au restaurateur, l’un des fonctionnaires effectuant un point de compression sur la plaie à la gorge, avant qu’une médecin qui, se trouvait dans le commissariat, ne prenne le relais jusqu’à l’arrivée des pompiers et du Samu. « Si je suis là devant vous, c’est parce qu’elle m’a sauvé la vie. »
Une attitude inquiétante
De l’autre côté de la salle, Saif Ullah ne montre pas la moindre réaction. Il reste replié sur lui-même, ses longs cheveux noirs couvrant son visage. A plusieurs reprises, le président de la cour d’assises, Marc Trévidic, tente de l’interroger sur les faits et les raisons de son passage à l’acte. Mais l’accusé reste silencieux. Jamais, depuis son interpellation en octobre 2021, il n’aura exprimé le moindre remords ni même une quelconque empathie à l’égard de sa victime.
Sous la surveillance des hommes des équipes régionales d’intervention et de sécurité, c’est une attitude inquiétante que l’accusé aura montré durant trois jours. Se balançant de droite à gauche par instant, semblant être comme possédé, il lancera plusieurs regards noirs vers Anthony. Une posture que n’a pas manqué de souligner l’avocate générale au moment de requérir la réclusion criminelle à perpétuité. « S’il sort, il recommencera », a-t-elle estimé.
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